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6. avril 2026
Randy Weston – 100
Le 6 avril 1926, le pianiste et compositeur Randy Weston est né à Brooklyn. Il aurait aujourd’hui cent ans.
Son père lui a appris très tôt à être fier de ses origines africaines. Weston a pris cela très à cœur. Ses racines musicales remontent à Thelonious Monk, Duke Ellington et Count Basie. Mais dès les années 50, on sentait que Weston voulait aller plus loin.
En 1967, il s’est rendu en Afrique et est resté cinq ans au Maroc. C’est là qu’il a rencontré les Gnawa, une confrérie spirituelle dont les racines remontent à l’histoire des esclaves d’Afrique de l’Ouest. Leur musique – portée par le guembri (un instrument à trois cordes) au bourdonnement grave et les karkaba au cliquetis métallique – sert à des cérémonies rituelles de guérison. Pour Weston, ce n’était pas de l’exotisme, mais un retour aux sources. Il y voyait la preuve que le jazz et le blues sont des musiques africaines – des manifestations différentes d’une source commune.
En 1992, il a tenté de concrétiser ce projet sur « The Spirits of Our Ancestors » (Decca). À l’origine, l’album devait être enregistré au Maroc avec un ensemble gnawa. Mais la guerre du Golfe en a décidé autrement et l’album a finalement été enregistré à New York avec, entre autres, Pharoah Sanders, Dewey Redman, Dizzy Gillespie et Yassir Chadly, un musicien gnawa installé aux États-Unis.
Un double album d’une puissance surprenante : des rythmes complexes où se rencontrent le jazz afro-américain et la transe nord-africaine. Des morceaux pouvant durer jusqu’à vingt minutes s’apparentent moins à des chansons qu’à des cérémonies. Parmi eux, « African Cookbook », « Blue Moses » et le morceau traditionnel marocain « La Elaha-Ella Allah », dans lequel Weston se passe complètement du piano.
Les arrangements sont de Melba Liston, sa collaboratrice de longue date, qui les a élaborés d’une seule main sur son ordinateur après avoir subi un AVC. Ils sont le résultat d’un langage commun développé au fil des décennies.
L’objectif déclaré de l’album est de rendre hommage aux ancêtres musicaux et de célébrer le langage universel de la musique, qui transcende la couleur de peau et la nationalité.
Weston est resté actif jusqu’à sa mort en 2018. Il a laissé derrière lui une œuvre qui a ouvert la voie à la fusion du jazz et de la musique traditionnelle africaine.
2. avril 2026
Passionszeit Vol. 6
Comme chaque année pendant la Semaine Sainte, je propose ici de la musique en accord avec cette période, issue essentiellement du répertoire classique (d’autres recommandations dans index sous la rubrique « Temps de la Passion »). Heuer ist Johann Sebastian Bach dran, meine musikalische Grundnahrung.
Tout récemment est paru un nouvel enregistrement impressionnant de sa Passion selon saint Jean, sous la direction de Raphaël Pichon et de son ensemble « Pygmalion » — un véritable bain émotionnel bouleversant, riche en nuances.
Le chœur en constitue la trame. Il commente ou participe directement à l’action (dans ce dernier cas, on parle alors de chœur de turba) : tantôt délicat, tantôt solennel, vif, ou encore sous la forme d’une foule bruyante qui veut mener Jésus à la croix. L’orchestre joue avec une énergie débordante sur des instruments historiques qui produisent un son doux et chaleureux. Dans certains mouvements, on rencontre par exemple une viola d’amore (violon d’amour), une viole de gambe ou un oboe da caccia (hautbois de chasse) – et entre autres un théorbe, qui n’est certes pas prévu dans la partition de Bach, mais qui est néanmoins autorisé à jouer. Les cuivres étaient d’ailleurs interdits pendant la période de la Passion (et de l’Avent).
Julian Prégardien, dans le rôle de l’évangéliste, est celui qui guide l’auditeur à travers l’oratorio avec beaucoup de variété. La soprano Ying Fang apporte à ses airs une clarté douce et cristalline, tandis que la contralto Lucile Richardot fait preuve d’une gamme impressionnante. Et puis il y a mon ancien camarade de classe Christian Immler, qui chante le rôle de Pilate. La voix qui m’a toutefois le plus séduit est celle du ténor Laurence Kilsby. Je ne saurais malheureusement dire exactement pourquoi.
Parmi les moments forts de l’enregistrement, on trouve le chœur d’ouverture et le chœur final, dans lesquels tous les éléments s’entremêlent comme des nuages, des récitatifs aux contours nets ainsi que des airs poignants tels que « Es ist vollbracht » (n° 30) ou « Mein teurer Heiland » (n° 32), où le chœur et le récitatif de basse s’entremêlent doucement. Pichon confère à l’œuvre une touche sobre mais très expressive : théâtrale, dramatique, avec une émotion au plus haut niveau, qui montre que le texte et la musique de cette Passion ont encore aujourd’hui un message fort.
Nous sommes fin mars, il fait froid et la neige recommence à tomber. L’envie de chaleur et de soleil se fait peu à peu pressante. Quoi de mieux que d’évoquer la saison chaude avec quelques interprétations de « Summertime » de George Gershwin ? La chanson la plus célèbre de l’opéra « Porgy and Bess » de Gershwin est composée comme berceuse, et les paroles de DuBose Heyward évoquent la légèreté de l’été et donnent à un enfant abandonné l’espoir de trouver un jour cette légèreté. Les innombrables enregistrements sont infinis, mais j’en ai sélectionné quelques-uns, très différents les uns des autres, qui mettent en valeur différents aspects de cette chanson.
1 ― Joe Pass à la guitare et Oscar Peterson, exclusivement au Clavichorde, expriment une mélancolie pleine d’espoir et explorent avec délicatesse la mélodie, qui n’est pas aussi entraînante qu’on pourrait s’y attendre pour un tel classique.
2 ― Roland Kirk accentue encore davantage le côté « boîte à musique » de la version précédente et crée un petit paradis estival, accompagné de gloussements joyeux, dont la magie s’évanouit malheureusement déjà après 1 min 41 s (sur « Boogie-Woogie String Along For Real », 1978).
3 ― Nina Simone en a livré une interprétation poignante lors de son génial concert au Town Hall le 12 septembre 1959, où elle ne se contente pas de chanter la chanson, mais la vit pleinement.
4 ― Janis Joplin avec son groupe Big Brother & The Holding Company offre une intensité d’un autre genre. Une interprétation à donner des frissons, accompagnée d’une musique remarquable – inoubliable pour tous ceux qui l’ont entendue pour une fois.
5 ― Tout aussi intense, mais avec la voix remplacée par le saxophone, Albert Ayler se tortille de manière très impressionnante tout au long de la chanson, en gémissant, en pleurnichant et en hurlant (« My Name Is Albert Ayler », 1963). L’un de mes enregistrements préférés …
Mais voici maintenant quelques morceaux plus longs, pour lesquels il vaut toujours la peine de patience :
6 ― La plus célèbre est sans doute celle de John Coltrane, (sur « My Favorite Things », 1960), qui a fait de ce morceau un classique intemporel du jazz, que l’on peut écouter et apprécier encore et encore.
7 ― Une interprétation plutôt méconnue du glorieux triumvirat du jazz européen : Kühn/Jenny-Clark/Humairembellissent composition de Gershwin de manière extrêmement vive et complexe, avec une interprétation détaillée et divertissante.
8 ― La version au ralenti de Masabumi Kikuchi, le maître de la lenteur au piano jazz, vient clôturer cette compilation en beauté, nous tenant en haleine pendant encore 11 bonnes minutes (sur « Hanamichi », 2021).
Est-ce que cela annonce l’été, je ne sais pas – mais les sensations de bonheur procurées par la musique ont souvent un effet très chaleureux.
Chaque vendredi, de nouveaux albums sortent. Dans cette semaine, pas moins de trois œuvres impressionnantes ont vu le jour, que je vais présenter ici ensemble.
1 ―„Love at Last Sight“ (BMC) est le premier album en duo de la vibraphoniste Evi Filippou et du contrebassiste Robert Lucaciu, deux musiciens qui travaillent depuis longtemps dans de nombreuses formations différentes. C’est un véritable plaisir d’entendre ici les doigts ou l’archet glisser avec souplesse sur les cordes et les baguettes rebondir avec élasticité sur le métal. De petites mélodies familières défilent, tout comme une densité créée par une écoute attentive et intense – une combinaison qui recèle un élan extrême et beaucoup de poésie. Parfois, un chant au charme irrésistible s’ajoute, tandis qu’à un autre moment, le saxophoniste et producteur de l’album Hayden Chisholm fait une apparition en tant qu’invité. Le plaisir intime et télépathique que les deux artistes développent en live sur scène est une expérience que l’on ne peut pas voir sur l’album, mais que l’on croit néanmoins ressentir dans chaque note, enrichi par cette expérience. > album chez bmc
2 ― Accordéon – serpent, guitare électrique, tuba – percussions et batterie : voilà la combinaison qui a fait ses preuves pour Luciano Biondini, Michel Godardet Lucas Niggli. Dans « Fabels of Time » (Intakt), les trois musiciens se promènent à travers le temps et l’espace, de sorte qu’on se met à danser un tango imaginaire, qu’on se laisse séduire par les sons mystérieux et rauques du serpent ou qu’on se réjouit simplement, avec un plaisir enfantin, des percussions finement enjouées de Niggli. Et d’une certaine manière, on a l’impression, en écoutant cet album, de se trouver à quelques centimètres au-dessus du sol. L’album se termine sur un beau clin d’œil : l’avant-dernier morceau, « Lawns », est signé Carla Bley, tandis que le dernier est une composition de son partenaire de longue date, Steve Swallow. > album sur bandcamp
3 ― L’album « Entrance » du bassiste Nicolas Leirtrø est une œuvre très puissant. Pas étonnant : à ses côtés, on retrouve le saxophoniste et flûtiste aguerri Mats Gustafsson et le tout aussi dynamique Kit Downes, principalement à l’orgue Hammond, qui anime l’ensemble avec beaucoup d’énergie. Le quatuor est complété par la jeune batteuse Veslemøy Narvesen. Leirtrø a écrit tous les morceaux, dont la base compositionnelle repose sur des partitions graphiques sous forme de linogravures. La musique oscille ainsi entre composition et improvisation libre. Elle se situe entre le free jazz et le gnawa – la musique rituelle de transe du Maroc – et est parsemée de citations tirées de l’histoire du jazz, dont les titres me reviendront certainement à l’esprit un jour. > album sur bandcamp
On peut jouer la musique de Duke Ellington, l’interpréter, l’interpréter de manière totalement différente ou simplement lui imprimer sa propre marque. C’est ce que fait Jason Moran avec son style inimitable, seul au piano, de manière si convaincante que l’auditeur ferait bien de se référer de temps en temps aux versions originaux pour s’assurer de l’authenticité. L’album « Jason Moran plays Duke Ellington », qui vient de sortir, est le fruit d’une longue passion et d’un travail constant sur la musique de Duke Ellington, ainsi que d’une tournée de concerts organisée il y a deux ans à l’occasion de son 125e anniversaire . Il contient dix compositions d’Ellington et deux compositions de Moran.
Jason Moran distribue sa musique via son propre label Yes Records et Bandcamp. Cela réduit malheureusement la portée de ses publications. Mais cela ne change rien au fait qu’il sort régulièrement d’excellents albums comme ici et ici et qu’il faut vraiment l’écouter en tant que l’un des représentants, chercheurs et innovateurs les plus importants du jazz contemporain.
PS: La version pétillante de Moran de Fleurette Africaine trouverait certainement sa place dans cette article, et vous trouverez sur ce site un autre article sur Duke Ellington .
2. mars 2026
Michel Portal II
Il y a deux semaines, Michel Portal nous a quittés à l’âge de 90 ans à Paris. Depuis, les hommages à ce grand musicien, l’une des figures les plus brillantes de la scène musicale européenne, se multiplient, notamment en France. Il fut l’un des premiers à expérimenter le free jazz, accompagna les stars de la chanson française, interpréta la musique contemporaine, composa des musiques de films et ne quitta jamais le bandonéon de sa jeunesse. Il a même enregistré un album avec des musiciens de l’entourage de Prince. Radio France a rassemblé > iciles nombreuses facettes de sa carrière exceptionnelle.
Michel Portal est né en 1935 à Bayonne, au Pays basque. À l’âge de six ans, il a commencé à apprendre la clarinette afin de jouer dans la fanfare de son grand-père et s’est ainsi imprégné du folklore de sa région natale. Grâce à la radio, il a rapidement découvert un monde au-delà de la musique folklorique, avec la musique classique européenne et le jazz américain.
Il obtient son diplôme au Conservatoire de Paris en 1958 avec le premier prix. Une brillante carrière de musicien classique s’offrait à lui, mais son chemin l’a conduit dans de nombreuses autres directions. La musique classique est néanmoins toujours restée une partie importante de son œuvre.
J’écoute régulièrement deux albums consacrés à ce répertoire. Ils sont le fruit d’une longue collaboration musicale avec le clarinettiste Paul Meyer (*1965) et montrent à quel point il était dans son élément :
1 – Rencontre (1998, EMI) est le plus intime des deux. Deux clarinettes, pas d’orchestre. Le programme comprend notamment des duos de Haydn, Mozart et C.P.E. Bach. Portal et Meyer jouent cette musique avec une attention mutuelle et une légèreté swingante que l’on retrouve plutôt dans le jazz.
2 –Double (2020, Alpha Classics), enregistré 22 ans plus tard, a été réalisé avec l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. Le répertoire s’étend du concerto pour deux chalumeaux de Telemann, dont les deux musiciens imitent merveilleusement le son, à une œuvre de Carl Stamitz, en passant par Mendelssohn-Bartholdy. Portal avait alors 84 ans et on entend qu’il s’en fichait complètement.
À propos : si vous recherchez Michel Portal sur cette page via « index», vous trouverez d’autres articles à son sujet. Il fait partie depuis de nombreuses années des musiciens dont je suis l’œuvre avec une attention particulière.
6. février 2026
Le caméléon
Wadada Leo Smith (*1941) est un musicien dont le jeu de trompette et la pensée compositionnelle peuvent constamment prendre différentes formes sans perdre leur identité. Au cours des deux dernières années, il a enregistré des albums en duo avec trois pianistes très différents, issus de générations différentes, sur lesquels cela est particulièrement évident. Ces enregistrements montrent de manière impressionnante à quel point le travail de Smith est flexible et en même temps unique, et que son art ne réside pas dans un style, mais dans sa capacité à donner à chaque dialogue le langage musical qui lui convient. En même temps, ses collaborations créent des espaces dans lesquels des univers esthétiques se rencontrent et s’influencent mutuellement.
1 – „Defiant Life“ mit Vijay Iyer (2025, ECM) Un album sublime qui médite sur la condition humaine : sur ce qui ne va pas, mais aussi sur la conviction que l’homme peut surmonter les adversités. Les sons flottent dans l’air. On les suit, on les écoute, on les laisse s’en aller et on les rattrape. Le jeu souvent discret d’Iyer (*1971) au piano et au Fender Rhodes, parfois enrichi de textures électroniques, crée un espace austère et ouvert dans lequel la trompette de Smith agit comme une voix parlante. Comme sur une balançoire, ils équilibrent mutuellement leurs sons et les déposent délicatement dans l’espace de résonance.
2 – „Angel Falls“ mit Sylvie Courvoisier (2025, Intakt) Les échanges sur cet album sont une continuation de fils de pensée et un entrelacement de sons. L’observation réciproque est un concept qui donne sans cesse naissance à de nouveaux fruits. Le piano de Courvoisier (*1968), qu’elle travaille entre autres en tapotant, pinçant et appuyant, offre un spectre sonore détaillé et varié, tantôt calme, tantôt impulsif. La trompette de Smith y répond par des lignes claires et précises, créant ainsi un dialogue continu. Cet album est le plus expérimental des trois et nécessite une écoute particulièrement attentive.
3 – „Central Park’s Mosaics of Reservoir, Lake, Pathways and Gardens“ mit Amina Claudine Myers (2024, Red Hook) L’album s’inspire librement de différents endroits de Central Park à New York. Le jeu de Myers (*1943) au piano et à l’orgue Hammond fait clairement référence aux traditions gospel, blues et spirituelles. Le jeu de Smith y répond par un ton nettement plus lyrique. Comparé aux deux autres albums, celui-ci est davantage marqué par le consensus que par les frictions et, comme le suggère la pochette, il est d’une grande luminosité. Il se termine par le titre « Imagine, A Mosaic for John Lennon », dans lequel la célèbre chanson revient sans cesse, comme au ralenti.
25. janvier 2026
Résonance
Parfois, je ne sais pas si c’est l’histoire d’un album qui rend la musique plus intéressante ou si la musique est tout simplement bonne en soi. L’histoire de la création de > REX de Christopher Hoffman est en tout cas très captivante.
En août 2023, le violoncelliste et compositeur Christopher Hoffman et sa famille se sont installés dans l’ancienne maison de Rex Brasher, peintre et ornithologue américain, à Amenia, une petite ville rurale de la vallée de l’Hudson, dans l’État de New York. L’appartement est géré par la Rex Brasher Association, qui s’occupe de la succession et gère un site web très complet et intéressant.Brasher a travaillé pendant de nombreuses années sur Birds and Trees of North America, un projet de livre à grande échelle dans lequel il a consigné ses décennies d’études sur les oiseaux et les arbres d’Amérique du Nord. Il en a résulté plus de 1 200 aquarelles, des études précises issues d’une observation directe et patiente.
Au départ, Hoffman ne savait pratiquement rien de Brasher. Ce n’est qu’une fois sur place qu’il a commencé à s’intéresser à ses textes et poèmes, ainsi qu’à l’histoire de la maison. Cette approche progressive a finalement été le point de départ de la musique de cet album.
Hoffman renonce délibérément aux chants d’oiseaux et traduit plutôt en sons des impressions, des rythmes linguistiques, des atmosphères et des expériences personnelles, selon une méthode de travail qui reflète le perfectionnisme de Brasher : essayer, rejeter, recommencer jusqu’à ce que le résultat soit vraiment satisfaisant. Les enregistrements ont été réalisés directement dans la maison, pendant que Hoffman y vivait et y travaillait.
REXest le premier album solo de Hoffman, entièrement composé, enregistré, produit, mixé et masterisé par lui-même. À la fois acoustique et électrique, il crée des boucles, des superpositions et des distorsions avec son violoncelle et développe, grâce à différentes techniques de jeu, un son unique qui ajoute de nombreuses nouvelles perspectives à l’histoire relativement courte des enregistrements de violoncelle solo.
Henry Threadgill, compositeur et multi-instrumentiste américain, pionnier du jazz et de la musique improvisée, avec lequel Hoffman collabore régulièrement, a été un catalyseur décisif pour cette publication. Threadgill l’a encouragé à jouer en public ce matériel initialement destiné à un usage privé. Les morceaux ont ainsi pris leur forme définitive et Hoffman a trouvé le courage de s’inscrire avec assurance dans la tradition des enregistrements pour violoncelle solo.
Outre les références à Brasher – notamment à sa femme Marie ou à son chien Pal –, l’album reflète également la vie personnelle de Hoffman : certaines pièces sont dédiées à des personnes qui lui étaient proches, d’autres reflètent la vie familiale de Hoffman à la campagne.
Le résultat est magnifique, et le fait qu’il y ait une histoire aussi intéressante derrière rend l’album d’autant plus fort.
P.S. J’ai découvert Hoffman il y a quelques années grâce à son album > Asp Nimbus (Out of Your Head, 2021) très apprécié à juste titre, qu’il avait enregistré en quartet avec un vibraphone, une basse et une batterie.
21. janvier 2026
L'aimant
Mes enfants sont d’avis que Louis Sclavis est mon musicien préféré. Je m’oppose en réalité à l’idée de privilégier un artiste par rapport à d’autres, car il y a tellement de grands musiciens que j’apprécie. Néanmoins, depuis de nombreuses années, j’attends avec impatience chacun de ses nouveaux albums ; aucun autre artiste je n’ai vu aussi souvent, dans autant d’endroits différents, en concert.
Louis Sclavis n’est pas une star au sens habituel du terme. Je le décrirais plutôt comme un aimant discret qui exerce un grand pouvoir d’attraction grâce à son mélange caractéristique d’élégance souple, de sérénité lyrique et de rythmes pulsés. Il joue avec qui il veut et où il veut, ce qui lui a permis de créer une œuvre extrêmement variée. Musique nouvelle, musique ancienne, musique orientale, rap ou spoken word : tout lui va. Le son de sa clarinette est reconnaissable entre tous, et dès qu’il entame l’un de ses solos caractéristiques, il est difficile de l’arrêter, tandis que certains de ses collègues musiciens attendent parfois avec amusement leur tour.
Son dernier album, India (Yolk, 2025), fait suite à Chine, sorti en 1987 : il ne s’agit ni d’une étude ethnologique ni d’une référence exotique, mais d’une réflexion personnelle et européenne sur des impressions de pays lointains. Plus de réflexion que d’imitation. Comme souvent chez Sclavis, l’album ne se dévoile pas immédiatement. Ce sont des paysages sonores qui ont besoin de temps pour se déployer.
L’ensemble, composé depuis plusieurs années déjà de Sarah Murcia (basse), Benjamin Moussay (piano/claviers) et Christophe Lavergne (batterie), est ici rejoint par le trompettiste Olivier Laisney, ouvrant ainsi une nouvelle dimension sonore. Ce qui est particulièrement beau dans cet enregistrement, ce sont les passages en solo de la bassiste, qui ne cessent d’interpeller l’auditeur.
Et peut-être que mes enfants ont quand même, un tout petit peu, raison…
Kansas City, 1926. Dans les clubs de la ville, on jouait de la musique jusque tard dans la nuit, les rythmes jazz résonnaient dans les salles de danse et à la radio. C’est dans cette métropole musicale animée qu’est née, le 13 janvier, une petite fille qui allait marquer ce monde de son empreinte : Melba Doretta Liston.
Des débuts prometteurs À l’âge de sept ans, Melba découvre un trombone dans la vitrine d’un magasin de musique. Cet instrument brillant la fascine profondément : pour elle, c’est la plus belle chose qu’elle ait jamais vue. Bien que le trombone soit beaucoup trop grand pour elle, elle ne se laisse pas décourager. Avec l’aide de son grand-père, passionné de musique, elle trouva le moyen de maîtriser cet instrument encombrant malgré ses bras courts. Elle apprit en grande partie en autodidacte et à l’oreille. Au bout d’un an seulement, elle interpréta un solo dans une émission de radio locale, premier signe rayonnant de son talent exceptionnel et de sa volonté sans faille.
En 1936, Melba déménage avec sa mère à Los Angeles. Au lycée, elle rencontre > Alma Hightower, une professeure de musique hors du commun qui enseigne à ses élèves non seulement en classe, mais aussi dans les parcs et les fait se produire dans les rues. Parmi ses élèves, on compte notamment Charles Mingus et Dexter Gordon. Hightower reconnaît le potentiel exceptionnel de Melba et l’encourage de manière spécifique. Sous sa direction, Melba fit non seulement de grands progrès techniques, mais développa également la confiance en soi nécessaire pour s’imposer dans le monde du jazz, presque exclusivement dominé par les hommes.
Premières expériences À l’âge de 16 ans, Melba décide de devenir musicienne professionnelle et adhère au syndicat des musiciens. Peu après, elle est la première femme à être engagée par le Lincoln Theatre Orchestra, où elle joue des musiques d’accompagnement pour des films et des spectacles de variétés. À cette époque, elle commence à écrire ses propres arrangements et travaille en parallèle comme musicienne de studio et de radio.
À l’âge de 18 ans environ, elle rejoint le big band de Gerald Wilson et s’impose de plus en plus dans le rôle d’arrangeuse. Wilson se montre enthousiaste :
« Cette femme était incroyable – elle savait composer, arranger, orchestrer, elle savait tout faire. »
Son ancien camarade de classe Dexter Gordon l’invite à participer à des enregistrements, ses premières expériences en studio. Il lui a également dédié un morceau : > Mischievous Lady (« Dame espiègle »), qui faisait allusion à son charisme particulier.
Succès, désillusion et retraite Après la dissolution du groupe de Wilson en 1948, Melba s’installe à New York et rejoint le big band progressiste du trompettiste Dizzy Gillespie, dont fait également partie John Coltrane à cette époque. Le travail au sein de cette formation était musicalement passionnant et inspirant. Cependant, lorsque le groupe se dissolut à nouveau en 1949, elle accompagna à nouveau Gerald Wilson lors d’une tournée avec Billie Holiday dans le sud des États-Unis.
Elle y découvrit la dure réalité de la ségrégation raciale de l’époque : les musiciens afro-américains étaient indésirables dans de nombreux endroits, les restaurants leur refusaient leurs services, les conditions d’hébergement étaient déplorables. Et le public ? Il préférait la musique de danse familière au bebop, cette musique nouvelle et excitante.
Complètement désillusionnée, Melba quitta la troupe et retourna à Los Angeles, épuisée par les rigueurs des voyages incessants. Elle y travailla plusieurs années comme employée administrative au service de l’éducation et accepta de petits rôles de figurante dans des productions hollywoodiennes, notamment en tant que membre de l’orchestre du palais dans Les Dix Commandements, afin de joindre les deux bouts. Elle mit temporairement de côté son trombone, mais continua à composer et à arranger avec beaucoup de passion.
Retour et maturité artistique Pendant cette pause, Dizzy Gillespie la recontacte à sa grande surprise. En 1956, il la fait revenir dans son groupe, notamment pour l’une des tournées dites Goodwill Tours au Moyen-Orient, un programme politico-culturel du ministère américain des Affaires étrangères visant à améliorer l’image internationale des États-Unis. (> source intéressante).
Au cours de cette période, Melba a travaillé comme arrangeuse et soliste et a créé certaines de ses œuvres les plus importantes, notamment Annie’s Dance et > My Reverie (= vidéo avec ML en soliste), toutes deux présentes sur l’album Birks Works (1956) de Gillespie. Sur les titres bonus ajoutés en 1995, on peut même l’entendre chanter dans > You’ll be sorry.
Extrait d'un programme
Au début, certains de ses collègues masculins l’ont accueillie avec scepticisme, mais grâce à ses talents musicaux, elle s’est rapidement imposée. La « grande jeune fille gracieuse au sourire mille fois répété », comme on la décrivait, a rapidement conquis le cœur du public et de ses collègues musiciens, même si elle a continué à être confrontée à des attributions de rôles traditionnels et a été sollicitée pour raccommoder des vêtements ou couper les cheveux, par exemple.
Son propre album En 1958, Melba sort son seul album sous son propre nom : Melba Liston and Her ‘Bones, sur lequel on peut entendre entre autres six autres trombonistes. Les enregistrements montrent de manière impressionnante ses qualités d’instrumentiste et de chef d’orchestre et soulignent qu’elle fut l’une des premières femmes à s’imposer au plus haut niveau dans le jazz en tant qu’instrumentiste.
Collaboration et enseignement Au cours des décennies suivantes, elle travaille en étroite collaboration avec le pianiste Randy Weston. Ensemble, ils réalisent de nombreux projets et font œuvre de pionniers en associant les traditions musicales africaines au jazz américain. Ils enregistrent une dizaine d’albums, dont Little Niles (1959) et The Spirits of Our Ancestors (1992).
Liston a également arrangé des morceaux pour des grands noms tels que Quincy Jones, Duke Ellington, Abbey Lincoln et Diana Ross. Son nom figure au générique d’innombrables enregistrements. Parallèlement, elle s’est fortement engagée dans la promotion des jeunes talents musicaux et a travaillé avec divers orchestres de jeunes.
Enseignement en Jamaïque En 1973, Melba Liston s’installe en Jamaïque à l’invitation du gouvernement jamaïcain, où elle vit plusieurs années. Elle enseigne à la Jamaica School of Music, l’un des principaux centres de formation des Caraïbes, où elle dirige le département de musique populaire et de jazz. À ce titre, elle a développé des programmes d’enseignement pour le jazz et la musique populaire, enseigné la composition, l’arrangement et l’improvisation, et contribué de manière significative à la mise en place d’une formation jazzistique solide dans la région.
Parallèlement à son activité d’enseignante, elle a également poursuivi son travail artistique, notamment en tant qu’arrangeuse pour des productions jamaïcaines. Son séjour sur l’île lui a apporté la tranquillité, une nouvelle inspiration et une distance bienvenue par rapport à l’intense activité des tournées et des studios aux États-Unis.
Les dernières années En 1979, elle est revenue aux États-Unis et a fondé la Melba Liston Company, un ensemble de jazz féminin qui s’est fait remarquer dans les festivals et les concerts.
Un grave accident vasculaire cérébral dans les années 1980 mit fin à sa carrière de tromboniste et la cloua dans un fauteuil roulant. Elle continua toutefois à travailler comme arrangeuse et utilisa les techniques informatiques modernes pour concrétiser ses idées musicales. En 1987, elle reçut le NEA Jazz Masters Award, la plus haute distinction américaine dans le domaine du jazz.
Après plusieurs autres accidents vasculaires cérébraux, Melba Liston est décédée le 23 avril 1999 à Los Angeles. Elle fait partie des grandes personnalités du jazz longtemps méconnues. Son influence durable réside avant tout dans son travail d’arrangeuse, dans sa capacité unique à structurer clairement des idées musicales complexes et à façonner avec précision différents univers sonores.
Extrait de : « Frauen im Jazz » (Les femmes dans le jazz, non publié) – Texte et illustration : Anne Schmidt
8. janvier 2026
L'Instrument de l'Année 2026
(en Allemagne)
Le fait que je sois un grand fan d’accordéon a été un peu perdu de vue jusqu’à présent. Pourtant, de nombreux accordéonistes m’accompagnent depuis longtemps. Jean-Louis Matinier en tant que partenaire de Michael Riessler et Louis Sclavis. Richard Galliano avec Michel Portal ou encore Claude Nougaro, Otto Lechner avec entre autres les « Betlehem all Stars », Vincent Peirani, qui emporte tout sur son passage avec son partenaire de duo Emile Parisen, et bien d’autres encore.
Je me souviens toujours avec plaisir d’un concert de Kimmo Pohjonen au festival de jazz de Saalfelden en 2001, où il a fait voler toute la tente. Je me souviens également de Marc Perrone, qui jouait entre les arbres à Uzeste et qui, des années plus tard, lors d’un concert où un film sur sa vie était projeté, a été honoré par ses collègues musiciens, tandis que toute la salle chantait ses compositions.
Au nom de nombreux autres albums, je recommande ici trois œuvres solo très différentes que j’ai beaucoup écoutées : le classique « Jacaranda » (1995) de Perrone, l’album « The Heart of the Andes » (2002) de Guy Klucevsek, publié chez Winter & Winter, et l’album extrêmement audacieux « Cluster » (2005) de Kimmo Pohjonen.
Guy Klucevsek, malheureusement décédé en mai dernier, évoluait dans le domaine le plus vaste de tous. Que ce soit dans l’entourage de l’avant-garde de John Zorn, avec Bill Frisell, dans la musique contemporaine ou dans le répertoire classique, il était l’un des musiciens qui ne craignait aucune frontière.
17. décembre 2025
Mon écoute musicale en 2025
À la fin de l’année, mon abonnement de streaming « vitaminé » me montre ce que j’ai le plus écouté.* Cette liste en dit peut-être moins sur la qualité que sur l’audibilité, mais c’est justement cette différence qui est révélatrice : entre ce qui nous accompagne et ce que l’on considérerait de qualité.
J’apprécie beaucoup les chefs-d’œuvre complexes du jazz, mais je trouve que c’est justement dans cette domaine là, que la beauté des harmonies est souvent sous-estimée. Ce terme est souvent utilisé de manière péjorative par les puristes du jazz, comme si l’accessibilité était un défaut. Mais c’est précisément cette beauté du son qui trouve sa place dans la liste suivante :
Place 1 ― Les Messieurs Kühn / Jenny-Clark / Humair – le triumvirat du jazz européen, parfois exigeant, mais d’une beauté et d’une passion particulières dans ces enregistrements de concerts, notamment en raison de leur complexité.
Ce qui suit dans les places suivantes, Celsius des harmonies qui ne sont en aucun cas complaisante, mais qui sont portée par une profonde substance musicale. Une musique (de jazz) qui sait toucher le cœur et l’esprit :
2 ― Le bassiste Stéphane Kerecki et Cie avec desinterprétations de « Liberation Music » de Charlie Haden, qui peuvent presque être considérées comme l’incarnation même des harmonies intelligentes.
3 ― Josefine Cronholm avec son groupe « Near the Pond » et leurs adaptations musicales contemporaines des poèmes du moine japonais Saigyô (XIIe siècle).
4 ― Les interprétations grandioses et archaïques de Joni Mitchell par le chanteur israélien Haim Isaacs, auxquelles je pense désormais chaque fois que j’entends croasser les corbeaux dehors – des sons qui accompagnent à merveille la chanson « Black Crow » sur l’album « Joni Mitchell in Jerusalem ».
5 ― Claude Tchamitchian et son voyage dans l’univers sonore d’un cirque imaginaire.
Le prochain album, comme certains autres de cette liste, est une réinterprétation d’anciens morceaux. Un dialogue avec le passé qui montre à quel point la tradition peut être vivante :
6 ― Les réminiscences imaginatives de John Dowlandpar la pianiste Delphine Deau en hommage au grand maître ancien.
7 ― Un autre pianiste : Shai Maestro et son album solo, par moments très bouleversant, « Solo: Miniatures & Tales ».
Les places 8 à 15 sont également dominées par la mélodie, mais on y trouve aussi des incursions dans d’autres genres et une excursion dans le classique ancien :
La beauté harmonieuse n’est pas une évidence. Elle doit s’imposer face aux préjugés et à une écoute superficielle. Et lorsqu’elle l’emporte, elle procure un plaisir intellectuel, une expérience émotionnelle profonde et ouvre peut-être la voie à un nouvel univers musical.
Sous « Nouveaux albums », on trouve de nombreuses autres œuvres qui m’ont impressionné de différentes manières cette année, et une liste des « meilleurs albums » serait certainement un peu différente. Mais cette année, j’ai été séduit par l’idée de laisser mes habitudes d’écoute décider.
Néanmoins, je tiens à mentionner deux autres albums qui m’ont particulièrement impressionné en 2025 et qui figureraient plus haut dans une liste basée sur des critères qualitatifs :
Il s’agit d’une part de « Hemlocks, Peacocks » du Will Mason Quartet, qui se situe à la frontière de la musique contemporaine et qui continue de me séduire avec ses sons virevoltants et planants. Tout aussi impressionnant, » « Unseparate » du Webber/Morris Big Band, un grand ensemble dirigé par des femmes avec des compositions exceptionnelles. La saxophoniste Anna Webber participe d’ailleurs aux deux projets.
* Le fait qu’il s’agisse ici (presque) exclusivement de nouvelles sorties de l’année 2025 est certainement lié au travail sur ce blog et à ma curiosité naturelle pour la nouveauté.
13. décembre 2025
Marylin Mazur 1955-2025
Extrait de : « Frauen im Jazz » (Les femmes dans le jazz) - Illustration et texte : Anne Schmidt
27. novembre 2025
Michel Portal
À l’occasion de son 90e anniversaire, un article du 22 mars 2021 :
Michel Portal est un acteur incontournable du monde musical international - malheureusement, peu de personnes en dehors de la France le savent. Né en 1935, le clarinettiste, saxophoniste, bandonéoniste et compositeur ne s’arrête à aucune frontière musicale. Voici une sélection d’albums qui pourraient le faire comprendre :
1 ― Splendid Yzlement (1972) : Mon premier contact avec Michel Porta y a environ 30 ans. Ce n’est pas son œuvre la plus accessible, mais les années 1970 sont l’époque des grandes expérimentations musicales. Et celui-ci en est un exemple très amusant. De la même année, on peut trouver sur le web l’enregistrement live „Michel Portal Unit - Chateauvallon 1972“, qui a beaucoup influencé le jazz français.
2 ― Dejarme solo (1970) : Le désir de solitude – après avoir joué pendant des dans differents collectifs de musique – a amené à cet album solo, qui a été créé dans un processus multipiste en utilisant presque toute la famille des saxophones et des clarinettes. À la fin cet album est couronné par une performance de bandonéon réjouissante. Peut-être mon album preferé de Portal.
3 ― Arrivederci Le Chouartse (1980) : Un enregistrement en live avec Pierre Favre à la batterie et Léon Francioli à la basse. Un plaisir pour les oreilles entraînées.
4 ― Musiques de cinémas (1995) : Une sortie à la fusion - des compositions de musiques de films souvent très émouvantes mais aussi puissantes avec des collègues musiciens formidables. 5 ― Bailador (2010) : Collaboration franco-américaine pleine d’energie contagieuse. En fait (presque) dansable …
6 ― Eternal Stories (2017) : Un trio de jazz (dont Monsieur Portal) et le quatuor à cordes „Quatuor Ébène“ - c’est une musique dont je préfere a ne pas donner de définition. Ils jouent du Portal, Astor Piazzolla et encore. À examiner vous-même.
A propos : La plus belle chose n’est malheureusement pas disponible sur disque : » un duo avec le pianiste Roberto Negro.
En plus : tango avec Richard Galliano („Blow up“, 1996) ; concertos pour clarinette de Mozart, Brahms, etc. (par exemple, „Double“ avec Paul Meyer, 2020) ; des hommages au jazz américain („Minneapolis“, 2000), à l’Afrique („Burundi“, 2000) et bien plus encore.
Note : Les premières apparitions de Michel Portal dans la chanson française chez Serge Gainsbourg („Machin choses“, 1964) et Barbara („Pierre“, 1964).
Un magnifique hommage à Charlie Haden et à son Liberation Music Orchestra, à la chanson engagée comme expression de la résistance, à la liberté comme mission permanente et à la beauté dont cette musique nous fait encore ressentir la puissance aujourd’hui. Stéphane Kerecki réussit à transmettre avec sensibilité la vision de Haden : grâce à des arrangements soignés, une instrumentation virtuose et une ligne claire entre improvisation et composition, il réinterprète avec son ensemble ces chansons intemporelles avec beaucoup de respect et sa propre touche artistique.
Charlie Haden, Carla Bley, Gato Barbieri, Sam Brown, Don Cherry, Andrew Cyrille, Howard Johnson, Mike Mantler, Paul Motian, Bob Northern, Dewey Redman, Perry Robinson, Roswell Rudd
10. novembre 2025
Une forêt de sons
Parmi les films intéressants sur le jazz, on peut citer > « Music for Black Pigeons ». Dans ce film, on demande notamment au bassiste ce qu’il ressent lorsqu’il joue de la musique. Avant de répondre, il reste silencieux pendant environ une demi-minute, puis il s’exprime avec hésitation. Dans sa musique aussi, les pauses et la réflexion jouent un rôle central. C’est pour moi particulièrement évident dans son enregistrement avec Masabumi Kikuchi, « Sunrise ».
Depuis des années, Morgan joue en tant que sideman polyvalent avec certains des grands noms du jazz, et étonnamment, il ne sort son premier album que maintenant : « Around You Is a Forest », une œuvre qui me laisse à son tour presque sans voix.
Car il révèle une autre facette de sa personnalité : celle du programmeur et de l’amateur d’ordinateurs. Fils d’un professeur d’informatique, il a développé pour cet album un instrument à cordes virtuel appelé WOODS, un système sonore vivant qui évolue constamment et ne dépend d’aucun son préenregistré. Chaque note, chaque structure est créée en temps réel et réagit à l’environnement musical. Il combine les caractéristiques des harpes à cordes d’Afrique de l’Ouest, des cithares asiatiques, du cymbalum et du marimba, mais sonne comme un nouvel instrument acoustique. C’est un instrument « vivant » qui, malgré son origine electronique, semble naturel.
Par la suite, chaqu’un des musiciens suivants accompagne et complète un morceau spécialement programmé et préenregistré pour lui.
Les musiciens participants sont des compagnons de route proches de Thomas Morgan :
Dan Weiss – tabla Craig Taborn – Farfisa, Fender Rhodes, synthésizer, Field Recordings Gerald Cleaver – batterie Henry Threadgill – flûtes Ambrose Akinmusire – trompette Bill Frisell – guitares Immanuel Wilkins – saxophone alto
Comme le suggère le titre de l’album, la musique enveloppe l’auditeur comme une forêt de sons, de pauses et de nuances subtiles, dans laquelle on découvre sans cesse de nouveaux détails.
Dans l’ensemble, l’album donne l’impression d’une méditation, avec un effet d’aspiration comme j’en ai rarement fait l’expérience. Il semble murmurer sans cesse : « Ne te fais pas distraire, écoute attentivement. »
À la fin de l’album, le poète Gary Snyder récite son poème « Here », que Morgan a découvert dans le métro new-yorkais en 2016, lorsqu’il a commencé à programmer WOODS, et qu’il a immédiatement considéré comme une base du projet.
L’album est sorti sur le label Loveland du guitariste danois Jakob Bro, qui depuis quelque temps se distingue par des pochettes particulièrement belles, souvent colorées et ludiques comme des dessins d’enfants, conçues par l’artiste Tal R. Entre autres, un album en duo très remarquable de Thomas Morgan, « Colours » avec la chanteuse Maria Laurette Friis qui est également sorti cette année.
PS : D’une certaine manière, cet album me rappelle un peu « Schwarzwaldfahrt » de Peter Brötzmann et Han Bennink…
7. novembre 2025
Lines for Lions
Nous sommes en novembre, et je commence à méditer aux albums qui pourraient devenir mes préférés de l’année. Et justement, deux sérieux prétendants à ce titre sont sortis aujourd’hui.
Tout d’abord, trois musiciens que je connais bien, qui ont beaucoup de poésie dans les veines et qui ont particulièrement bien assimilé leur leçon de Jimmy Giuffre pour cet enregistrement. Vincent Courtois joue du violoncelle comme s’il était l’incarnation du guitariste Jim Hall. Les deux instrumentistes à vent, Daniel Erdmann au saxophone ténor et Robin Fincker à la clarinette et également au saxophone ténor, forment avec Courtois un trio parfaitement rodé, qui vit d’une synchronisation et d’un contrepoint finement ajustés.
L’album s’intitule « Lines For Lions » (La Buissonne) et rappelle le jazz de la côte ouest, né dans les années 1950 comme pendant décontracté du bebop, plus complexe. Les trois musiciens en tirent une musique extrêmement dense, que l’on peut écouter avec enthousiasme encore et encore.
La présentation de l’autre album suivra dans les prochains jours, car c’est assez ambitieux.
27. octobre 2025
Jack DeJohnette (1942–2025)
C’est un léger claquement rythmique en arrière-plan, que l’on remarque à peine dans le dialogue entre la basse et le piano. Mais c’est précisément ce claquement qui fait de « Vignette » – le morceau d’ouverture de « Tales of Another » (1977, ECM) – l’une des œuvres les plus remarquables de l’histoire du jazz.