24. janvier 2023

Metamorphoses

En 2013, un album est sorti, qui a fortement secoué mes habitudes d’écoute du jazz : deux percussionnistes qui chauffaient énergiquement, un saxophone qui ajoutait des mélodies lyriques et puissantes, et enfin un tuba qui reliait et traversait tout cela. Le groupe britannique avec ces instruments inhabituels était les Sons of Kemet, l’album s’appelait „Burn“ (> quartet) et brûlait une nouvelle marque dans l’histoire du jazz avec une influence afro-américaine et caribéenne, soutenue par l’électronique. Tout comme les trois albums qui suivirent. Comme tous les membres du groupe se sont entre-temps engagés intensivement dans d’autres projets, la formation a été dissoute l’année dernière.

Sebastian (Seb) Rochford, l’un des deux batteurs (jusqu’en 2019), reconnaissable à son imposante chevelure, vient de sortir - entre-temps chauve - un album en duo avec le pianiste Kit Downes. „A Short Diary“ (ECM) contient des compositions que Rochford a écrites peu après la mort de son père, le poète écossais Gerard Rochford, en 2019, pour digérer cette perte. Il en résulte une musique qui appartient à une toute autre catégorie que le son véhément des Sons of Kemet.

L’album commence par le titre captivant „This Tune Your Ear Will Never Hear“, et sonne à peu près comme si les deux musiciens jouaient l’accompagnement d’une mélodie inexistante.

Ce qui suit continue à être porté par un calme extrême et n’est musicalement pas très éloigné des „Gnossiennes“ d’Eric Satie : des lignes de piano dévoués, la batterie, souvent à peine audible en arrière-plan, ou bien en fusion intense et passionnante avec le piano, tout en douceur, sans glisser vers la sentimentalité. L’album se termine par une mélodie que le père de Rochford avait lui-même composée et transmise à son fils par téléphone. L’album vaut d’ailleurs la peine d’être écouté au casque, pour ne pas manquer une seule des touches minimales de la batterie.


13. janvier 2023

deux



En 1973, Frank Zappa a déclaré lors d’un concert „Jazz is not dead, it just smells funny“. Eh bien, 50 ans plus tard, le jazz est toujours bien vivant et continue à prendre de nouvelles saveurs fascinantes. J’admets qu’il y a des variétés de jazz qui sentent effectivement un peu bizarre, mais avec de la bonne volonté et de l’expérience d’écoute, même celles-ci pourraient être supportées avec le temps. En outre, il y a suffisamment de jazz qui sent très bon et même qui sent vraiment délicieux. C’est ce que j’essaie de faire passer sur ce site depuis deux ans déjà. Peut-être qu’à cette occasion, l’un ou l’autre aura envie de me dire s’il/elle a trouvé ici quelques bonnes saveurs ?

Mais celui qui est effectivement mort depuis près de 30 ans, c’est Frank Zappa. Son héritage vaut cependant toujours la peine d’être écouté, même si je trouve que la plupart des pochettes de ses albums sont d’une horreur repoussante. L’album purement instrumental „Hot Rats“ de 1969 serait une entrée en matière „douce“, mes préférés étant le space-rock „One Size Fits All“ (1975) ou le cabaret „Absolutely Free“ (1967). Ou alors, on commence directement par l’opus magnum de deux heures de Zappa and the Mothers of Invention „Uncle Meat“ (1969) !

Comme la manière de penser de Zappa, sans limites musicales, est très proche du jazz, il ne faut pas prendre trop au sérieux la citation mentionnée au début. L’un de ses albums live s’intitule d’ailleurs „Does Humor Belong in Music“ ? Pour l’œuvre de Frank Zappa, la réponse est claire, sinon c’est un bon sujet pour un autre billet de blog …


7. janvier 2023

L'origine du Jazz

La nouvelle année s’annonce très fort avec une leçon d’histoire du pianiste Jason Moran sur le compositeur et chef d’orchestre James Reese Europe (1881-1919). Au début du 20e siècle Europe a posé les bases importantes pour donner aux musiciens afro-américains la possibilité de se produire sur scène et a dirigé à New York des orchestres comptant jusqu’à 150 musiciens qui jouaient lors de concerts et de soirées dansantes. Ragtime, blues, dixieland - une musique qui a ouvert la voie au jazz. Pendant la Première Guerre mondiale, Europe était stationné en France en tant que lieutenant et y a fait des tournées très réussies avec le groupe de musique régimentaire „The Hellfighters Band“, implantant ainsi cette nouvelle musique également en Europe. À son retour aux États-Unis, ce „Hellfighters Band“, composé uniquement de musiciens afro-américains, a ensuite mené la grande parade de la victoire à New York.

„From the Dancehall to the Battlefield“ est le nom conséquent de l’album sur lequel Moran fait jouer son trio fidèle „The Bandwagon“ avec sept autres joueurs de cuivres. L’enregistrement commence par une introduction en voix-off au thème, suivi par un amalgame d’anciennes (surtout de J.R. Europe et W.C. Handys, le „père du blues“) et de nouvelles compositions, dans lesquelles les frontières entre le début du 20e siècle et le 21e siècle deviennent volontiers floues. Les ragtimes et le blues, entonnés avec une souplesse remarquable, se transforment plusieurs fois en méditations réflexives. L’un des points forts de l’enregistrement est „Flee as a Bird to your mountain“, un morceau qui était joué lorsqu’un camarade ne revenait pas du champ de bataille et qui glisse ici vers les formules envoûtantes de l’hymne „Ghost“ d’Albert Ayler. L’album se termine dans une ambiance joyeuse avec „For James“, un collage d’enregistrements live récents pour souligner que cet héritage musical continue d’agir.

La fin de James Reese Europe a malheureusement été moins belle. En 1919, il a été tué avec un couteaux de poche par l’un de ses deux batteurs, qui n’était pas d’accord avec son style de conduction très strict. „Le lendemain, la nouvelle se répandit dans tout le pays et la ville de New York organisa une parade et des funérailles publiques, les premières jamais accordées à un Afro-Américain.“

L’album est sorti le 1er janvier sur bandcamp (disponible exclusivement en version numérique dans un premier temps) et est dédié, outre à James Reese Europe, au pianiste Randy Weston, qui avait convoqué Moran chez lui il y a quelques années et lui avait ouvert une leçon d’histoire de cinq heures avec la phrase suivante : „You need to know about James Reese Europe …“

Sources :
sur James Reese Europe
sur l‘album et l’histoire de sa création


22. décembre 2022

Noël

***************************************
Avec Carla Bley, on ne peut pas se tromper, même à Noël.

Arrangements ravissants de chansons de Noël connues et moins connues avec Carla Bley au piano, Steve Swallow à la basse et The Partyka Brass Quintet. Absolument sans kitsch ni clichés, et pourtant très festif. Sinon : „Pas d’expérimentation à Noël“ (entrée du blog du 21.12.2021)

Carla’s Christmas Carols (ECM, 2009)
****************************************


14. décembre 2022

Highlights 2022

Cette année, il y a eu avant tout trois albums qui m’ont régulièrement captivé et qui continuent de le faire :


1 ― Tyshawn Sorey Trio, “Mesmerism“
„Smart musicians understand their roots, but aren’t afraid to grow beyond them“, écrivait le célèbre critique de jazz Kevin Whitehead dans les notes de pochette de „Gumption in Limbo“ de Tom Cora (voir l’entrée du blog du 23.11.22). Tyshawn Sorey, un compositeur et batteur qui s’est jusqu’à présent plutôt produit dans le contexte de l’avant-garde et de la nouvelle musique, s’est désormais tourné très précisément vers ces racines en compagnie du pianiste Aaron Diehl et du bassiste Matt Brewer. Dans des morceaux d’Horace Silver, de Duke Ellington ou du classique „Autumn Leaves“, les trois musiciens ouvrent de grands espaces larges dans lesquels chacun d’entre eux occupe juste la bonne place. Les passages perlés du pianiste sont aussi légers que si les touches du piano s’étaient abandonnées à toute résistance, la basse swingue avec légèreté dans toutes les directions et, en dessous, Sorey place de manière congéniale son jeu de batterie finement articulé et scintillant. Il en résulte une musique qui, à chaque nouvelle écoute, met en lumière d’autres détails, réfléchit en profondeur et est en même temps très présente. L’une des particularités de cet enregistrement est qu’il a été réalisé directement, sans beaucoup de répétitions, ce qui souligne la classe toute particulière de ces musiciens. L’album est exclusivement disponible sur la plateforme bandcamp, ce qui en fait un véritable coup de cœur.

2 ― Keith Jarrett, „Bordeaux Concert“ 
Keith Jarrett m’est un vieil „ami“, parfois très agité au piano, mais très sensible, qui m’a donné beaucoup de plaisir ces dernières années. Avec ce concert, il m’a toutefois surpris comme jamais auparavant. Des petites unités inhabituelles qui se tissent sans cesse entre elles et créent un panorama coloré à travers l’œuvre de Jarrett. Des mélodies intenses, des courses contemplatives et un toucher de clavier d’une beauté sans pareille dans ce concert. (voir 4.10.22) 

3 ― Kham Meslien, „Fantômes… Futurs“
Kham Meslien, longtemps bassiste d’un groupe de folk-rock-chanson français et occasionnellement musicien accompagnateur de grands noms comme Archie Shepp ou Robert Wyatt, a été invité par un directeur de festival à envisager un projet solo. Une proposition sage, car la musique qui en résulte possède une énergie chamanique à laquelle il est difficile de résister. Elle déborde de force rythmique et d’ampleur portée, et lorsque le poète spoken word Anthony Joseph lit son texte sur l’un des morceaux, la contrebasse prend du recul et souligne de manière impressionnante le pouvoir des mots.


6. décembre 2022

It's a girl!

Récemment, j’ai découvert un concert du saxophoniste Stan Getz datant de 1977 : „Live at Montmartre“ (Steepl Case). Le concert n’a pas eu lieu à Paris, mais dans un club de jazz du même nom à Copenhague.

Aux côtés de Getz, on trouvait le bassiste danois Nils-Henning Ørsted-Pedersen (dont mes oreilles se dressent automatiquement dès que son nom est prononcé), Billy Hart à la batterie et - oups ! - une femme au piano et au rhodes:

Joanne Brackeen (*1938), qui s’était déjà fait une place dans la scène du jazz dominée par les hommes dans les années 50 et qui fut la première et la seule femme membre des Art Blakey Jazz Messengers, une importante source de talents du jazz américain. Après avoir élevé quatre enfants parallèlement à son activité musicale, elle a commencé assez tard à fonder ses propres formations et à travailler dans l’enseignement dans des conservatoires de musique renommés. Son jeu de piano, qu’elle a appris en autodidacte vers l’âge de 11 ans, est extrêmement énergique et varié et vaut la peine d’être écouté avec attention.

Son premier album sous son propre nom, „Snooze“ (1975, réédité plus tard sous le nom de „Six Ate“), est un trio de piano avec un excellent Cecil McBee à la basse et Billy Hart à la batterie, qui peut tout à fait être considéré dans la lignée d’autres grands enregistrements de trio de jazz. Un enregistrement en duo avec le bassiste Eddie Gomez „Prism“ (1979) est également très beau, mais en fait, chaque enregistrement avec Joanne Brackeen que j’ai découvert jusqu’à présent est un succès. Et le concert avec Stan Getz mentionné au début en fait bien sûr partie !


23. novembre 2022

3x Cello tout seul

Le violoncelle en dehors de la musique classique est plutôt une rareté. Dans le jazz, des violoncellistes comme Ron Carter ou Dave Holland ont donc opté pour son grand frère, la basse. Ceux qui sont restés fidèles à leur instrument sont très souvent des explorateurs curieux et inhabituels. Je présente ici trois albums solo de tels libertaires : 

1 ― Tout d’abord „By Myself“ de Abdul Wadud (1947-2022), qui date de 1978. Wadud est l’un des premiers violoncellistes à avoir donné des idées en utilisant son instrument de manière percussive et en improvisant librement. Parallèlement à son activité au sein d’orchestres classiques, il s’est de plus en plus tourné vers le free jazz alors naissant. Sur „By Myself“ (malheureusement épuisé, mais à écouter ici), il ajoute à son jeu libre des éléments folk qui font de cet album un grand plaisir d’écoute. Dans son remarquable blog, le pianiste Ethan Iverson qualifie l’album de „one of the most friendly and listenable of all avant jazz solo recitals on any instrument“.

2 ― Un autre grand maître du violoncelle est Tom Cora (1953-1998), qui a tiré de l’instrument des sons dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Formé au „Creative Music Studio“ de Karl Berger et à la Knitting Factory de New York, Tom Cora est un musicien particulièrement intéressant, sur lequel je reviendrai sans doute. L’un de ses rares albums solo est „Limbo in Gumption“ (1991), qui, avec un peu de soutien électronique, nous emmène dans un voyage audacieux à travers des univers musicaux divers. Malheureusement, cet album est lui aussi épuisé, mais il réapparaît de temps à autre à la vente chez les antiquaires et devrait absolument être réédité, de même que „By Myself“ !

3 ― Vincent Courtois (*1968) est un autre violoncelliste extrêmement polyvalent, à l’aise dans presque tous les styles de jazz. Pendant les temps du confinemet, il a poursuivi un rêve de longue date en explorant en profondeur le répertoire pour violoncelle solo de la musique classique moderne (Ligeti, Hindenmith, etc.). Il en est né l’album „East“ (2022, La Buissonne), qui montre que la nouvelle musique n’est pas aussi compliquée que beaucoup l’attendent et se présente plutôt comme un pont entre la musique baroque pour viole de gambe (un „ancêtre“ du violoncelle) et l’improvisation contemporaine libre.


20. novembre 2022

Chez soi

Esbjörn Svensson
Home.s.
2022, Act

Malgré le caractère spectaculaire de la découverte posthume de cet enregistrement, il s’agit du témoignage d’un musicien qui, après des années de travail en trio très réussi, s’est mis à la recherche de nouvelles routes au piano dans la solitude de sa cave. On y apprend beaucoup sur le chemin qu’il a emprunté jusqu’à présent et on ne peut qu’imaginer où le voyage aurait amené. Ce sont peut-être que des simples esquisses … mais en tout cas, cette musique intime, parfois accompagné par la voix douce de Svensson est extrêmement émouvant.


27. octobre 2022

Rideau …

Des chuintements méchants , un bruissement dans lequel se glisse doucement le son d’un bugle et soudain, brusquement : silence

Ce qui suit est du grand théâtre :
Les acteurs sont les instruments - clarinette, piano, trompette, bugle, violoncelle, percussion, générateur de sons - seuls, à deux, plus - que les musiciens font dialoguer de manière toujours nouvelle. Chant d’une voix d’alto masculine sur des textes de John Milton „Paradise Lost“ (1667). Les titres sont poétiquement intitulés „evening on, twilight gray“, „moon rising in clouded majesty“, ou „over the dark, silver“. L’atmosphère nous transporte dans une sorte de songe d’une nuit d’été shakespearienne. La musique est minimale, un tâtonnement entre le néant et les sons qui génère sans cesse de nouvelles images. Cet album est la première composition du batteur et percussionniste français Didier Lasserre (*1972) - un voyage sonore passionnant qui, si l’on y prête toute son attention, ne cesse de nous étonner.


Didier Lasserre
Silence was pleased
Ayler Records, 2022


18. août 2023

Inspirations

Cette année, deux œuvres musicales captivantes ont été publiées qui ont pour sujet des œuvres d’art visuel : „For the Love of Fire and Water“ (Rogueart) de Myra Melford, qui s’est inspirée de l’œuvre du même nom de Cy Twombly, également appelée cycle de Gaeta (collection Brandhorst, Munich), datant de 1981, et les „Secular Psalms“ (Greenleave music) de Dave Douglas, une œuvre de commande pour le 600e anniversaire de l’Autel de Gand un retable à volets créé par Jan van Eyck.

L’art de Cy Twombly (1928-2011) et la musique de Myra Melford (*1957) ont ceci de commun qu’ils irritent d’abord par leur abstraction et que plus on s’y intéresse, avec les contextes ou simplement en les regardant ou en les écoutant, l’abstraction - dès qu’on l’accepte - révèle peu à peu une esthétique d’où naissent de passionnantes explosions de formes, de sons et de couleurs. Pour „For the Love of Fire and Water“, la pianiste s’est entourée de musiciennes très individuelles et puissantes : Mary Halvorson à la guitare, Ingrid Laubrock au saxophone, Tomeka Reid au violoncelle et Susie Ibarra à la batterie.

Comme Myra Medford, le trompettiste Dave Douglas (*1963) a réuni pour sa production des „Secular Psalms“ un ensemble de jeunes musiciens américains et européens. La violoncelliste Tomeka Reid est également présente, la pianiste Marta Warelis, Berlinde Deman joue du serpent et du tuba et chante, le guitariste Frederick Leroux et à la batterie Lander Gyselinck. Des instruments de la fin du Moyen-Âge comme le luth et le serpent sont utilisés, de même que la guitare électrique, l’électronique et le hennissement des chevaux. La combinaison du mysticisme religieux du 15e siècle et du contemporain donne ici une musique vraiment nouvelle et singulière, dont la richesse des détails n’a rien à envier à la peinture de Jan van Eyck (vers 1390-1441). Difficile à saisir, mais peut-être est-ce justement pour cela cet oeuvre est extrêmement séduisante.


4. octobre 2022

Keith Jarrett – en concert

Bien que la musique de Keith Jarrett me coupe régulièrement l’herbe sous le pied depuis des décennies, je n’ai jamais ressenti le besoin d’assister à la „sainte messe“ de ses concerts sur place. Il me suffit d’être installé sur le canapé et et lui dans le lecteur CD à jouer ou, mieux encore, de l’entendre résonner dans les haut-parleurs lors des trajets nocturnes sur l’autoroute. Bien que l’on ait au bout du moment ses passages préférés à chacun de ses concerts, qui naissent toujours de l’instant, mais la propre dramaturgie d’un concert vaut toujours la peine d’être découverte au départ.

C’est donc le „Bordeaux Concert“ de 2016, qui vient de paraître chez ECM et qui semble beaucoup plus leger et plus clair, que les concerts de Munich et Budapest qui datent de la même année. Ses treize morceaux relativement courts sont numérotés (I – XIII) - comme souvent - , ce qui est une bonne chose car rien n’indique à l’avance où le voyage va amener. Et celui-ci a de la substance, car contrairement à ses improvisations de concert souvent interminables (dans lesquelles on a également le plaisir à se perdre), ce kaléidoscope de petites unités montre la grande largeur de son répertoire : de l’abstraction détaillé, des transitions tâtonnantes, des mélodies rayonnantes qui font monter les larmes aux yeux, du blues, des petites études, des suggestions de standards et bien sûr du pathos. La très belle finale emmène l’auditeur vers des terres espagnoles et le renvoie en douceur dans le silence.


Après le deuxième rappel le pianiste a remercié le public à l’Opéra de Bordeaux avec les mots suivants : „Vous êtes un auditoire littéralement extraordinaire. Je vous remercie. Et, croyez-moi, je ne dis pas cela chaque fois.“ (source). C’est probablement aussi pour cette raison que ce concert a été exceptionnel.


24. septembre 2022

Hurdy-Gurdy

Pendant les années 90, un grand magasin munichois qui, outre la mode, abritait un très honorable département de disques, organisait une série de concerts appelée „Jazz im Beck“. Le premier concert dont je me souviens s’est déroulé entre des porte-vêtements poussés sur le côté, et il s’agissait du joueur de vielle à roue Valentin Clastrier, accompagné de différents musiciens européens (voir photo) avec lesquels il a produit à l’époque d’excellents albums comme „Hérésie“ (1992) et „Le bûcher des silences“ (1994). J’ai particulièrement apprécié le projet de trio „Palude“ (1995, Wergo, » trio) avec le saxophoniste et clarinettiste Michael Riessler et le joueur de tambourin Carlo Rizzo.

La vielle à roue (en anglais Hurdy Gurdy) est un instrument dont les origines remontent au Moyen-Âge et qui se compose - en gros - de cordes, de touches et d’une manivelle fixées sur une caisse en bois, ce qui lui confère un spectre sonore très singulier. Pour approfondir le sujet, je recommande le documentaire „Within the Sound“ sur le fabricant de vielle à roue Wolfgang Weichselbaumer qui a contribué de manière décisive au développement de cet instrument avec, entre autres, le soutien de Valentin Clastrier (qui fait encore aujourd’hui partie des interprètes importants de la vielle à roue).

Un autre client de Weichselbaumer est Matthias Loibner, dont l’album en duo avec le percussionniste suisse Lukas Niggli „Still Storm“ (2022, Intakt) vient de paraître . On y trouve des morceaux qui sonnent comme empreints du doux souffle des haïkus japonais, ce qui garantisse une expérience d’écoute détendue et exigeante.

D’ailleurs, Matthias Loibner a également adapté le Winterreise de Schubert pour vielle à roue et l’a enregistré en 2010 avec une voix soprano (RaumKlang). Une autre étape intéressante de cet oeuvre (voir 30.06.22 et 11.05.21).


15. septembre 2022

Subaqueous Silence

Taiseux et profond - quasiment comme une mise en musique du poème „Fisches Nachtgesang“ („Chant nocturne du poisson“, 1887) de Christian Morgenstern : le „Subaqueous Silence“ (= silence sous-marin) du Ayumi Tanaka Trio (ECM, 2021), une autre „sensation silencieuse“ de Norvège. (Entrée du blog du 2 décembre 2021)


30. août 2022

Le jazz se féminise de plus en plus

Alors que le vaste domaine du jazz a longtemps été plutôt un domaine masculin, depuis quelque temps de plus en plus de musiciennes se font remarquer, comme si cela était apparemment naturel, avec des projets innovants. Voici que viennent de paraître deux albums inhabituellement passionnants:

Il s’agit d’une part de „13 Rabbits“ de la compositrice et pianiste Friederike Bernhardt de Leipzig, qui a choisi le nom de Moritz Fasbender pour ce projet. Une excellente symbiose entre l’électronique et toutes sortes d’instruments à clavier, où l’on se sent un peu comme sous un ciel estival étoilé et où l’on découvre à chaque morceau de nouveaux „phénomènes célestes“ fascinants.

L’autre album s’appelle „Tzivaeri“ et est l’œuvre de la bassiste germano-grecque Athina Kontou, qui est parti pour cette œuvre à la découverte de ses racines grecques. Avec son remarquable quartet de jazz et quelques invités jouant d’instruments traditionnels comme le oud, le bouzouki et la lavta, elle interprète donc des mélodies de la culture grecque d’une manière délicatement moderne qui captivera rapidement.

» NOUVEAU


24. août 2022

jaimie branch (1983–2022)

La musique comme nécessité, la musique comme élixir de vie. Peu de gens pourraient transmettre cela de manière aussi authentique et intense que jaimie branch, qui joue de la trompette depuis l’âge de neuf ans. Formée au conservatoire, respectée dans les cercles de trompettistes, elle a ajouté non seulement au jazz politique une touche toute nouvelle – qui peut être à la fois brut et élégant – sans pour autant nier son solide enracinement dans celui-ci.

jaimie branch laisse des enregistrements très excitants – avec des compositions et arrangements raffinés et d’excellents musiciens (Jason Ajemian à la basse, Chad Taylor à la batterie, Tomeka Reid ou Lester St. Louis au violoncelle) – qui occupaient déjà une place importante dans l’histoire de la musique avant sa disparition prématurée.

Fly or Die (2017)
Fly or Die II: bird dogs of paradise (2019)
Fly or Die Live (2021)
Anteloper (duo avec Jason Nazary) :
Pink Dolphins (2022) – avec „Earthlings“, un témoignage de sa très belle voix
tous International Anthem


19. août 2022

Silence

Zitat aus „Vortrag über etwas“ aus John Cage, „Silence“:


8. août 2022

Louis Sclavis

Né en 1953, le clarinettiste et saxophoniste Louis Sclavis est depuis longtemps une personnalité incontournable du jazz européen. Il compose entre autres aussi pour le cinéma, le théâtre et la danse, transforme diverses expériences issues de l’art, de la photographie et des voyages et collabore avec des constellations de musiciens toujours nouvelles qu’il choisit d’abord en fonction des aspects humains avant de développer la musique.

« Un disque de Louis Sclavis est toujours la promesse d’un voyage dans l’art de la mélodie évocatrice, dans le défrichage de nouveaux territoires sonores et de nouvelles saveurs. Musique écrite, improvisée, folklorique, contemporaine, jazz, musique de chambre, du monde … on sent le plaisir de combiner les genres et les personnalités pour en faire une musique de cœur, affinée lors de quelques concerts par la confrontation avec le public, avant d’être capturée en studio. » (Source)


2. août 2022

Des bassistes – sans blague

Oui, mon amour secret va aux bassistes, plus précisément aux contrebassistes de jazz et ce, bien sûr, d’un point de vue purement musical. L’instrument qui fait souvent le lien entre l’instrument rythmique et l’instrument mélodique, mais qui peut aussi séduire énormément en solo. Pincée, tapée, frottée, de nombreuses possibilités de produire un large spectre sonore. Et il est toujours intéressant de suivre les lignes de basse en écoutant.

Voici quelques bassistes qui comptent parmi mes favoris personnels :

Niels-Henning Ørsted Pedersen (1946–2005), qui travaillait ses cordes de basse avec une virtuosité surprenante, souvent très dynamique, en utilisant ses dix doigts. 

Charles Mingus et Charlie Haden (1937–2014), qui ont également tous deux une grande influence dans le domaine de la composition.

Thomas Morgan (*1981), le grand magicien qui, dans des constellations toujours différentes (entre autres avec Craig Taborn, Bill Frisell ou Masabumi Kikuchi), met des accents de basse éblouissants.

Les bassistes du jazz français Jean-François Jenny-Clark (1944–1998), qui a écrit une page de l’histoire du trio avec Joachim Kühn et Daniel Humair, Henri Texier (*1945), qui a commencé sa carrière avec trois albums enregistrés seul („Amir“, „Varech“ et „À cordes et à cris“), Bruno Chevillon (*1959), accompagnateur congénial de toutes sortes de projets, entre autres aux côtés de Louis Sclavis, Joëlle Léandre (*1951), avec laquelle il existe d’innombrables enregistrements en duo avec des musiciens très différents, et Renaud Garcia-Fons (*1962), qui joue un instrument à cinq cordes et travaille ainsi beaucoup d’influences méditerranéennes.

Deux grands maîtres du jeu en solo sont Barre Phillips (*1934), qui a probablement enregistré le premier disque solo de basse jazz en 1968 et le premier album de duo de basse jazz avec Dave Holland en 1971, et Claude Tchamitchian (*1960), qui joue entre autres une contrebasse de JF Kenny-Clarke. (>solo)

Ces contrebassistes exceptionnels, et bien d’autres encore, apparaissent régulièrement sur ces pages et continueront certainement à le faire.

D’ailleurs - l’une des plus belles lignes de basse que l’on puisse suivre est celle de Gary Peacock (1935–2020) sur „God bless the Child“ avec le Keith Jarrett Trio sur „Standards, Vol. 1“ (1983, ECM).


30. juin 2022

Le voyage d'hiver continu

J’ai conclu le billet de blog sur le Winterreise (Voyage d’hiver) de Franz Schubert du 11 mai 2021 en me demandant si et comment l’œuvre de 1827 résisterait à une adaptation dans un contexte rock/pop. Cet enregistrement qui vient de paraître (2022, col legno) avec le chanteur (indie-rock) Oliver Welter et la pianiste classique Clara Frühstück, mes attentes imaginaires ont été largement dépassées.

Les textes de Wilhelm Müller n’ont pas été changés, l’accompagnement musical au piano, au synthétiseur et à la guitare électrique a été adapté avec prudence ou bien aussi audace. La voix terreuse du chanteur, à laquelle s’ajoute parfois le chant délicate de la pianiste, illustre de manière imposante le désespoir du voyageur de l’hiver. Un jalon étonnant dans la réception de l’œuvre. (>nouveau)


20. juin 2022

Brian Wilson

Le mastermind des Beach Boys, Brian Wilson, fête aujourd’hui ses quatre-vingts ans, deux jours après Paul McCartney. l’an dernier, il a enregistré un album intitulé „At My Piano“ (2021, Decca), sur lequel il a joué une sélection de ses œuvres seul au piano. Il en ressort que ses compositions de chansons, même sans les arrangements grandioses, réduites entièrement à l’essentiel, fonctionnent à merveille. Tout comme celles de Paul McCartney.


10. juin 2022

Relations

L’une des raisons pour lesquelles je gère ce site est que j’ai énormément de plaisir à explorer de nouvelles choses et à découvrir des interconnexions (et à les partager). Dans le domaine de ce que l’on appelle largement le jazz, ceci est une affaire passionnante, car des musiciens se réunissent toujours au-delà des frontières pour créer de nouvelles formes et combinaisons.

Cet album en est un bon exemple : „Autum in Paris“ (1991) d’un trio composé de deux Japonais (le batteur Masahiko Togashi, qui a également joué avec Don Cherry, et le pianiste Masahiko Satō, qui a également travaillé avec Peter Brötzmann) et du bassiste français Jean-François Jenny-Clark (bientôt plus).

Le collage qui décore la pochette est l’œuvre du batteur suisse Daniel Humair (vieux pote du bassiste), qui ne joue pas ici, mais qui fait aussi de formidables choses dans le domaine des arts plastiques. 

L’ensemble m’a beaucoup rappelé l’album „Sunrise“ du trio Masabumi Kikuchi (billet de blog du 31 mai 2021). Ces deux disques se sont caractérisés par une intensité qui ne se révèle pleinement qu’avec le temps, y compris leurs colorations japonaises. Le fait que les deux pochettes aient le jaune comme ton de base est certainement un hasard, mais peut-être pas …


31. mai 2022

LE SURPRENANT – Don Cherry avec ..

… Lou Reed : „The Bells“ (1979, Arista), un album curieux auquel Cherry, qui était ami avec Reed et jouait de temps en temps avec son groupe (source intéressante), a participé. Le point culminant de l’enregistrement (et de l’œuvre de Lou Reed) est le morceau hypnotique, dans lequel la trompette de Cherry „murmure“ constamment en arrière-plan.

… Terry Riley : „Live in Köln February 23, 1975“ un enregistrement avec le compositeur et un des fondateurs de la musique minimale au keyboard et Karl Berger (qui, en gros, a porté la musique du monde au jazz) au vibraphone. Réalisé au même endroit et une semaine après le bien plus célèbre Köln Concert. Un minimalisme rythmé à l’effet apaisant - malheureusement, il n’est disponible qu’en ligne.

… Heiner Goebbels, „Der Mann im Fahrstuhl“ (1988, ECM) - un collage sonore musique-parole remarquable avec des textes de Heiner Müller et d’autres musiciens d’avant-garde comme Fred Frith et Arto Lindsay.

… Abdullah Ibrahim (piano, flûte, voix) et Carlos Ward (saxophone alto, percussions, flûte, voix) et Cherry (trompette, percussions, flûte, voix) : „The Third World-Underground“ (1974, Trio Records, Japon) - un enregistrement en live dans un club de jazz de Copenhague en 1972. Un petit bijou où les trois musiciens, extrêmement exubérants, enthousiasment musicalement.

… Krzysztof Penderecki : „Actions“ (2002, Intuition) une rencontre de jazz, de la musique traditionnelle et la musique nouvelle au Donaueschinger Musiktage 1971. La pièce „Actions for Free Jazz Ochestra“ a été composée par le compositeur polonais pour le festival et pour le Cherrys New Eternal Rhythm Orchestra, un ensemble composé de musiciens de jazz européens prometteurs comme Peter Brötzmann, Albert Mangelsdorff, Willem Breuker et bien d’autres). Pour Penderecki, c’est la seule composition de jazz et qui a été reinterprétée en 2020 par Fire ! Orchestra, sous la direction de Mats Gustafsson (Rune). A découvrir également.


21. mai 2022

L'Inde

La rencontre de musiciens venant de cultures différents est souvent un événement très fascinant, surtout quand de cette confrontation entre différentes traditions musicales naît quelque chose de tout à fait nouveau. Deux des musiciens des „liens familiaux“ ont enregistré un album en duo avec un autre musicien indien où cet échange culturel fonctionne extrêmement bien :

1 ― Ravi Prasad & Pedro Soler (1999, Al Sur) ::: La guitare flamenco rencontre la flûte, les percussions et le chant. Cette réduction archaïque crée une magie poétique qui parle de racines communes (au 16ème siècle, il y avait des relations commerciales étroites entre l’Andalousie et les Indes occidentales) et de curiosité respective.

2 ― Latif Kahn & Don Cherry „Music/Sangam“ (1982, Heavenly Sweetness) ::: Sangam signifie „point de rencontre“ en transcrit et c’est exactement ce qui décrit le mieux ce que le joueur de sitar et le multi-instrumentiste Cherry à la trompette, au clavier, à la flûte, à la voix et au ngoni (luth à une à sept cordes de la tribu mandingue d’Afrique de l’Ouest) ont produit ici dans un studio parisien.

Un développement ouvert et curieux des traditions africaines et indiennes avec le jazz contemporain qui donne un résultat magnifique.

D’ailleurs : le violoniste virtuose Yehudi Menuhin et le virtuose du tablavi Ravi Shankar, liés par une longue amitié, ont enregistré trois albums ensemble. „West meets East“ (1966, 1967, 1976) est le nom du projet, qui est plutôt d’inspiration indienne, mais qui vaut également le coup d’être découvert.


6. mai 2022

Sco

Jusqu’à l’année dernière, la musique de John Scofield n’a pas reçu beaucoup d’attention chez moi. Puis il a joué un concert solo au festival de Moers - aimablement diffusé par Arte - et ce fut une révélation. Seul avec sa guitare, avec quelques interrupteurs de boucle à ses pieds, il a servi des moments d’une intensité impressionnante - des chansons, des improvisations, un poème ! Et voilà maintenant sort cet album solo chez ECM (que j’attendais depuis), orné d’une pochette particulièrement belle. Ici aussi, chaque touche ennoblit les cordes de la guitare, aucun autre instrument ne détourne l’attention du purisme des mélodies, bref, une musique profonde qui ne fait pas que bouger des cordes …
Conclusion : souvent le bon est là où on ne le soupçonne pas.


30. avril 2022

Liens familiaux (3/3)

Les Soler-Claus’

Après Peter et Caspar, voici Pedro et Gaspar pour terminer les „Liens familiaux“. Après des débuts au violon, Pedro Soler (*1938) est tombé amoureux du son de la guitare lors d’un concert de jazz et a développé une passion pour les libertés techniques et ludiques du flamenco. Il s’est formé à cette discipline auprès de maîtres du genre en Espagne. (Source - un film aussi très beau visuellement, 30 min).

À coté de l’accompagnement traditionnel du chant et de la danse, Soler a également exploré de nouvelles voies en tant que soliste, dans l’accompagnement de la récitation de poésie („Lorca“ avec Germaine Montero, 1968/2017) et avec d’autres musiciens comme le bassiste Renaud Garcia-Fons („Suite Andalouse“, 1994).

L’instrument de son fils Gaspar Claus (*1983) est le violoncelle, avec lequel il se balade Parma des très nombreux genres musicaux, du classique à l’électronique. Par exemple en duo avec le chanteur d’Elfterklang Caspar Clausen („Live at St-Merry“, 2016), en interprétant des chansons ouvrières majorquines avec la chanteuse Marion Cousin („Jo Estava Que M’Abrasava“, 2016) ou en solo avec son album „Tancade“, sorti en 2021, dans lequel il explore largement les possibilités de son instrument. Son site web détaillé invite à se perdre dans ses nombreux projets …

J’ai découvert les deux à travers leurs albums communs „Barlande“ (2011) et surtout „Al Viento“ (2016, tous deux Infiné), deux chefs-d’œuvre dans lesquels la profonde musicalité du père et du fils porte le flamenco bien au-delà de ses frontières.


22. avril 2022

Mingus

Aujourd’hui il y a cent ans naissait Charles Mingus. A cette occasion, il occupe désormais sa propre rubrique.


12. avril 2022

C'est encore le temps de "Passion"

Dans le cadre d’un projet de travail sur la musique nouvelle, j’ai découvert la compositrice finlandaise Kaija Saariaho (*1952) et son œuvre fascinante „La Passion de Simone“ (2013, Ondine), un oratorio moderne pour soprano, voix, chœur, orchestre et électronique datant de 2006.

Le livret a été écrit par l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf (*1949), surtout connu pour ses romans sur des thèmes historiques et auteur récemment de la très intéressante dystophie „Nos frères inattendus“ (2020, Grasset).

L’œuvre, découpée en 15 „stations“ comme les chemins de croix classiques, raconte la vie de la philosophe et mystique française Simone Weil (1909-1943), qui s’est engagée avec véhémence pour la justice sociale. Au cours de sa courte vie, elle a travaillé entre autres comme professeur de philosophie, dans la Résistance espagnole et française, dans une usine pour connaître les conditions de vie des ouvriers et a finalement cherché des réponses de plus en plus dans le domaine religieux.

Bien sûr, il faut toujours un peu s’habituer à ce genre de musique, mais rien que les volumineux nuages sonores de l’orchestre valent absolument la peine de s’approcher de cette passion extraordinaire.


30. mars 2022

Familienbande (2/3)

Les Brötzmanns

En tant que fan des Einstüzende Neubauten, le début des années 1990 a forcément mené à Caspar Brötzmann (*1962). Ses albums avec le Caspar Brötzmann Massaker (avec Eduardo Delgado-Lopez à la basse et Danny Arnold Lommen à la batterie) sont pour moi, jusqu’à aujourd’hui, des œuvres d’exception qui ne cessent de me fasciner. Notamment „Koksofen (1993) et „Home“ (1995).

Il a commencé à jouer de la guitare sur un instrument que Carla Bley avait laissé à la maison Brötzmann et est passé peu après à la guitare électrique. Il en tire des sons violents, brutaux et extrêmes, mais aussi incroyablement lyriques et nuancés, d’où émane une énergie sans précédent, et les combine avec une performance vocale ensorcelante. ICI se trouve un très beau document (allemand et anglais) dans lequel le musicien réfléchit son œuvre. Son disque le plus mélodieux est „Mute Massaker“ (2000, tous Rough Trade/Southern Lord) et, bien qu’il soit accompagné d’une basse et d’une batterie, il ressemble presque à un album solo, ce qui fait de lui un héritier très légitime de Jimi Hendrix. Tout comme son père, il habille la plupart du temps ses couvertures de ses propres œuvres d’art, ce qui donne toujours un ensemble très cohérent.

Ce Peter Brötzmann (*1941), au départ formé comme graphiste - ses instruments sont toutes sortes de saxophones et de clarinettes - a fait ses premières apparitions dans un projet de Don Cherry. Peu après, il est devenu l’un des principaux acteurs du free jazz allemand, auquel il continue d’ajouter des nuances parfois très extrêmes. Son œuvre est si complexe que je ne citerai ici que quelques albums. Le grand classique „Machine Gun“ (1968) devrait en tout cas mériter une écoute concentrée. Une belle curiosité est le disque „Schwarzwaldfahrt“ (1977, FMP), dans lequel il parcourt les sous-bois avec le batteur Han Benninck et des instruments, en intégrant des bruits de ruisseaux, des chants d’oiseaux, des coups sur des troncs d’arbres dans les improvisations communes enregistrées sur place. Ma première rencontre (et c’est toujours quelque chose de spécial) a été le projet solo „No Nothing“ (1991, FMP) dans lequel il envoûte l’auditeur tel un charmeur de serpents jouant de différents instruments à vent. Un autre enregistrement live en solo impressionnant a été réalisé à „Münster Bern“ (le munster de Berne) (2015, cubus), dans lequel il utilise la résonance de l’église gothique pour des registres allant des aboiements jusqu’aux mélodies douces. Les travaux qu’il a réalisés ces dernières années avec la guitariste de pedal steel Heather Leigh, comme „Sparrow Nights“ (Trost, 2018), sont particulièrement audibles. Un très bon résumé du reste de son œuvre se trouve ICI.

En 1990, le père et le fils ont enregistré un album commun „Last Home“ (Pathalogical) qui est malheureusement plus ou moins épuisé.


20. mars 2022

Liens familiaux (1/3)

Les Cherrys

Don Cherry (1936–1995) est un peu le „hidden track“ de l’histoire du jazz. Il a participé à des évolutions importantes comme la découverte du Free Jazz (1961, Atlantic) avec Ornette Coleman et le développement de l’Avant-Garde (1966, Atlantic) avec John Coltrane et a joué avec de nombreux autres musiciens de renom (j’y reviendrai une autre fois). C’est peut-être son insatiabilité qui a fait que, jusqu’à aujourd’hui, il n’est pas reconnu au premier rang des grands musiciens de jazz. Son instrument était la trompette de poche, mais outre diverses flûtes et le piano, il maîtrisait encore de nombreux autres instruments qu’il a collectionnés au cours de sa vie.Pour moi, ce sont surtout ses albums „Mu“ First Part (1969, actuel 1) et „Mu“ Second Part (1969, actuel 31), qu’il a enregistrés en tant que multi-instrumentiste avec le percussionniste Ed Blackwell, qui ont été marquants. Ses compositions mêlent ici la musique traditionnelle de cultures très différentes à l’improvisation libre du jazz et posent un jalon passionnant pour la mondialisation du jazz.

Sa belle-fille Neneh Cherry (*1964) a pris un autre chemin, mais elle porte en elle l’esprit de son père. Du punk, elle est passée au hip-hop et a participé au développement du trip-hop. 


On lui doit des hymnes pop comme „Manchild“ et „7 Seconds“ (avec Youssou N’Dour) et d’autres productions musicales, toujours très engagées, comme par exemple „Broken Politics“ (2018). Elle a travaillé sur l’héritage de son père avec le trio de jazz „The Thing“ autour du saxophoniste Mats Gustafsson (billet de blog du 11.12.21) sur l’album „The Cherry Thing“ (2012). Ce que je trouve le plus particulier, c’est son album „Blank Projekt“ (2014, tous Smalltown Supersound), qui se réduit de manière très minimaliste à des sons électroniques et percussifs et à sa voix chaleureuse de soul. Peut-être pas si éloigné de „Mu“.


9. mars 2022

Jason Moran …

navigue avec une grande liberté entre la musique, les arts plastiques et les arts de la scène. Le Whitney Museum de New York lui a consacré une exposition à l’automne 2019 avec ses installations artistiques, ses performances et des concerts (Il vaut le coup d’y regarder.)

Et il est avant tout un excellent compositeur et pianiste, comme en témoignent les œuvres suivantes. Il y a un an, son album solo „The Sound Will Tell You“ (2021, via bandcamp.com), inspiré par la littérature de Toni Morrison (1931–2019), est sorti. Ce merveilleux album s’ouvre sur un morceau intitulé „Follow the Light“ et l’on a effectivement l’impression de suivre un rayon lumineux sur le reste du disque.

La même année, un disque en duo avec Archie Shepp „Let My People Go“ (2021, Archiball) est sorti. Shepp a une fois de plus trouvé, en Jason Moran, un partenaire de haut niveau pour accompagner son chant et son jeu de saxophone (» duo - première colonne).

„Comme un peintre avec une toile fraîche, Moran utilise son piano pour illustrer les couleurs, les ambiances et les idées à sa guise“. (AllAboutJazz)

Un autre disque en duo, cette fois avec le saxophoniste Charles Lloyd „Hagar’s Song“ (2013, ECM), montre également que Moran est un accompagnateur très sensible, Publikum sait néanmoins poser des accents tout à fait singuliers ! 


11. février 2022

André Wilms (1947–2022)

„Ou bien le débarquement désastreux“ est une mise en scène de théâtre musical de Heiner Goebbels remontant à 1995, avec des textes de Joseph Conrad, Heiner Mueller et Francis Ponge sur la relation entre l’homme et la nature. Ici, les sons africains (chant, kora, djembé) se mêlent à la guitare électrique, au clavier et au trombone pour former un collage dense de paroles et de musique. La voix de l’acteur André Wilms est porteuse, elle donne à l’ensemble du morceau un rythme quasi de rap et aux textes leur propre mélodie. L’un des plus grands trésors de ma collection de disques (> base).

André Wilms, qui a donné au théâtre et, entre autres, aux films d’Aki Kaurismäki, des moments poétiques très particuliers, est décédé cette semaine.


30. janvier 2022

Nigerian Marketplace

Un album fantastique (la pochette un peu moins) avec un enregistrement live du Montreux Jazz Festival de 1981 – aussi pour les debutants en jazz. Le pianiste Oscar Peterson virevolte sur les touches, Niels-Henning Øersted-Pedersen travaille ses parties de basse avec une telle élasticité que c’est un vrai plaisir (ce qui est practiquement toujours le cas avec lui) et Terry Clark se tambourine la tête et les épaules. Ensemble, ils créent une énergie qui atteint très vite le cœur et le cerveau, que ce soit en tant que musique de fond ou en tant qu’écoute concentrée.


29. janvier 2022

Livemusik

Et c’est reparti pour la musique, avec une petite rétrospective d’une année de concerts - malgré tout - très riche. Heureusement, de nombreux organisateurs ne se sont pas résignés et ont continué à proposer de la musique live tout en respectant des mesures de sécurité qui rassurent. Car à une époque où l’écoute numérique de la musique augmente (ce que l’on peut tout à fait soutenir par des abonnements et en payant pour des téléchargements et des concerts en streaming !) et où les ventes de disques diminuent, les concerts sont également une source de revenus importante pour les musiciens.

Outre le marathon de trois jours du festival Inntöne (voir le billet de blog du 30 juillet), ce fut de juin à décembre un bouquet varié avec des musiciens de France (Sylvain Kassap, Aïrelle Besson, Michel Portal, Jean-Louis Martinier, Daniel Humair), d’Allemagne (Autochrom, XXXX, Nils Wogram/MUSE, Heiner Goebbels, Rebecca Trescher), et surtout de Munich (Jason Seizer/Claus Raible, Embryo, Moon Not War, Musica Povera, TMTxplosif, Hugo Siegmeth/Axel Wolf, Mathias Lindermayer Trio, Trio Sfera), du Danemark (Christian Wallumrød Ensemble) et des États-Unis (Thumbscrew, Myra Melford et Uri Caine) - tous des concerts dans la région de Munich et tous vraiment bons !

Le plus intéressant est de choisir les concerts selon que le texte d’annonce est promettant ou que l’on apprécie déjà le travail des artistes, mais que l’on ne connaît pas le programme actuel. C’est alors une sorte de „Blind Date“, mais de toute façon la musique live est rarement mauvaise.

J’envisage depuis un moment d’ouvrir une rubrique de concerts sur ce site, mais je n’ai pas encore pris de décision. En tout cas, je trouve que cela reste toujours une bonne idée de braver les circonstances et de continuer à assister à des concerts (cinéma, théâtre, expositions).


14. janvier 2022

1 année d'eod


ein ohr draufwerfen
(jeter une oreille dessus) fête son premier anniversaire. Pour cette occasion, je publie une recette de cuisine : Mais chers lecteurs francophones, cette recette qui s’appelle “Stadtwurst mit Musik” (= Salade de saucisse de viande avec de la musique) est une spécialité franconienne qui me semble plutôt inhabituelle pour les personnes qui ne sont pas familiarisées avec les coutumes de la charcuterie allemande. C’est pourquoi je renonce à une traduction, notamment parce que la saucisse qu’il faut est difficile à trouver en France.

Je remercie quand même à tous ceux qui sont passés par ici jusqu’à présent et j’espère que vous resterez fidèles à ce site.


3. janvier 2022

Peut-être tout de même un album de l'année 2021 ?

Cet album n’est pas des plus faciles, mais il s’embellit à chaque nouvelle écoute et même à la dixième ou onzième, on a toujours l’impression d’entendre les morceaux de manière totalement nouvelle.

La guitariste américaine Mary Halvorson et la pianiste suisse Sylvie Courvoisier, toutes deux figures incontournables de la scène jazz d’avant-garde new-yorkaise, enroulent et bouclent leurs notes l’une autour de l’autre de manière si intense qu’on ne sait plus très bien quel son appartient à quel instrument. Ils dialoguent, se disputent, s’harmonisent, s’amusent, se frottent et produisent à de nombreux moments une beauté émouvante qui résonne souvent longtemps dans l’oreille. Des „vers d’oreille“ de jazz d’avant-garde, pour ainsi dire, et ceux-là sont des petites bêtes très rares.

Comme référence pour cet album, les deux musiciennes citent l’album „Undercurrent“ (1962) de Bill Evans (piano) et Jim Hall (guitare) - on pourrait aussi (re)jeter une oreille dessus à cette occasion … 

Sylvie Courvoisier & Mary Halvorson
Searching For The Disappeared Hour
2021, Pyroclastic


30. décembre 2021

Dave Brubeck, ambassadeur de jazz

A l’occasion du centenaire de Dave Brubeck (1920-2012), France Musique a diffusé il y a très exactement un an un impressionnant portrait en 10 épisodes intitulé „Take 100“. À l’exception du dernier épisode (un concert live inédit), tous les épisodes sont encore disponibles sur le site de la station de radio.

La série est basée sur une interview (également disponible indépendamment en anglais) que le journaliste de jazz Alex Dutilh avait enregistrée en 2009 dans la maison de Brubeck à Newport/Connecticut avec lui, et qu’il a découpée désormais avec beaucoup d’esprit et de passion en neuf blocs thématiques :

1. la formation auprès de Darius Milhaud au Mills College d’Oakland ; 2. les années d’essais avec différentes formations ; 3. les premières tournées dans les campus universitaires américains ; 4. le dialogue avec d’autres cultures lors de tournées de concerts dans le monde entier, qui ont donné jour à la série d’enregistrements „Jazz Impressions of …“ (Japon, Eurasie, New York) ; 5. la comédie musicale „The Real Ambassadors“ sur l’histoire des musiciens de jazz noirs, conçue avec la femme de Brubeck, Iola, et Louis Armstrong ; 6. ses expériences avec des rythmes inhabituels ; 7. sa relation musicale très proche avec le saxophoniste Paul Desmond ; 8. des collaborations avec d’autres musiciens, y compris ceux des générations suivantes, notamment ses enfants ; et enfin 9. un parcours à travers les „jardins secrets“ de son œuvre, où l’on trouve aussi bien de la musique de ballet qu’un duo avec Charles Mingus et une version vocale du classique de Brubeck „Take Five“.

Tout cela donne un aperçu profond et détaillé de l’œuvre du compositeur, chef d’orchestre et pianiste Dave Brubeck, et même si l’on ne maîtrise pas le français, la sélection musicale vaut à elle seule le détour, avec des moments forts de son œuvre, parfois moins connus.

P.S. J’ai écouté cette série pendant dix jours de suite, lors de longues promenades hivernales. Depuis, j’associe différents lieux à certains morceaux de Brubeck.


21. décembre 2021

Pas d'expérimentation à Noël

Même si j’aime varier les genres musicaux, à Noël, depuis des années, c’est plutôt la même chose :

1 ― „L’Oratorio de Noël“ de J. S. Bach : jusqu’à présent inégalé, l’enregistrement de la Cappella Amsterdam avec le Combattimento Consort Amsterdam sous la direction de Jan Willem de Vriend (Challenge Classics), paru en 2007. Une version très aérée et enjouée dans une pratique de performance historique.

2 ― „Die Weihnachtsgeschichte (L’histoire de Noël)“, mise en scène et écrite en 1963 par Carl Orff et Gunild Keetmann avec le Tölzer Knabenchor (harmonia mundi). Même si des souvenirs d’enfance s’y mêlent, cette nativité musicale avec des instruments d’Orff et des textes parlés en bavarois reste unique et intemporelle.

3Les Betlehem Allstars, sous la direction de Klaus Trabitsch (guitare) et Otto Lechner (accordéon), jouent des chansons de Noël traditionnelles qui oscillent entre le spectre sonore hawaïen et celui des Alpes, tout en gardant une atmosphère de Noël très marquée. („Fürchtet Euch nicht“, 2000, Windhund ; „Still“,1996, geco Tonwaren).

4Avec des enfants (en fait, aussi sans), les deux CD de livres d’images de Franziska Biermann et Nils Kacirek font un tabac : „Am Weihnachtsbaume …“ (2013) et „Übermorgen kommt der Weihnachtsmann“ (2019, tous deux édités par Carlsen), avec des chansons allemands arrangées de manière vivante et pleines d’humour, à chanter à tue-tête.


15. décembre 2021

Pas d'albums de l'année !

Les listes des meilleurs albums de l’année 2021 poussent de toutes les directions et se ressemblent généralement beaucoup. Malheureusement, les „chefs-d’œuvre“ des petits labels de qualité ne sont que rarement mentionnés. Cette page est aussi une essaie d’attirer l’attention sur ceux-ci et si je regarde ma liste de cette année sous „NOUVEAU“, ce sont surtout des albums que j’aime toujours autant écouter et que je ne veux pas vraiment comparer les uns aux autres.   

Quelques éléments ont tout de même attiré mon attention : le bassiste français Bruno Chevillon a participé à trois projets („Là“, „Ricerare“ et „MP85“), ce qui n’est pas surprenant puisqu’il fait partie depuis longtemps des bassistes les plus créatifs ( j’y reviendrai une autre fois). 
Des surprises de l’année ont été, d’une part, un certain Danger Dan, qui a donné un coup de jeune à la guilde des auteurs-compositeurs engagés et, d’autre part, un album portant le beau titre de „The Kiss“, qui a la capacité de chasser toute morosité pandémique (avec saxophone, basse et batterie).  

Par ailleurs, j’avais complètement oublié de mentionner un disque : „As An Unperfect Actor“ (2021, ACT), sur lequel l’actrice autrichienne Birgit Minichmayr chante des sonnets de Shakespeare, accompagnée par le Quadro Nuevo et d’autres excellents musiciens. Une musique qui transporte joliment le côté parfois rude du 16e siècle et qui tourne souvent chez moi depuis cet été.


11. décembre 2021

Fire! – Defeat

2021, Rune Grammofon

La pochette fait penser aux installations d’ombres de Christian Boltanski, la musique transporte Thembi de Pharoah Sanders (Impulse!, 1971) de manière conséquente dans le 21e siècle. Mats Gustafsson pousse les cuivres et les bois à l’extrême, comme le saxophiste de Free-Jazz Peter Brötzmann, avec qui il joue de temps en temps, lui a montré. D’autres cuivres ajoutent des éléments de brass band. Du battement tonitruant de la troupe rythmique.  Cela paraît radical, ça l’est, mais les 37 minutes du disque sont vraiment agréables à écouter.

Mats Gustafsson : flûte, saxophone baryton, électronique
Andreas Werlin : batterie 
Johan Berthling : basse électrique 

Invités:
Mats Äleklint : trombone, sousaphone
Goran Kajfes : trompette

P.S. En formation plus large (jusqu’à 18 musiciens), l’ensemble s’appelle Fire ! Orchestra. C’est plus rock mais également intéressant.


7. décembre 2021

Nina Simone

Nina Simone – Little Girl Blue
1959, Bethlehem 

Voici un album qui fait plaisir de bout en bout : le très remarquable premier album de Nina Simone, âgée de vingt-quatre ans, enregistré en une seule prise en 1957. Avec sa voix exceptionnelle et son jeu de piano accentué (dont on perçoit ici particulièrement bien sa formation classique), elle développe des arrangements simples mais efficaces. À première vue, c’est un album très modeste, qui révèle toute sa beauté lorsqu’on l’écoute attentivement. Et pour les fans de football : une version instrumentale pétillante de „You’ll never walk alone“ avec un accompagnement de contrebasse d’une beauté incroyable. (voir aussi „voix“)


2. décembre 2021

Des sensations silencieuses de Norvège

La Norvège est un pays aux vastes paysages solitaires et une subvention exemplaire du jazz. Il n’est donc pas étonnant que des projets passionnants comme les trois suivants y voient régulièrement le jour :

1 ― Maridalen (Jazzland, 2021) : le trio Maridalen est composé d’un saxophone, d’une trompette et d’une contrebasse. On y entend des mélodies mélodieuses dans lesquelles les instruments à vent sont généralement joués avec une telle délicatesse que le souffle des joueurs reste présent. La contrebasse pose une base swinguante et rythmique. La chaleur du son et l’atmosphère sereine résultent certainement du fait que l’enregistrement a été réalisé dans une église en bois.

2 ― Christian Wallumrod Ensemble : „Many“ (Hubro, 2020) : cette musique est également portée par un grand calme, on a même parfois l’impression que les compositions sont construites autour des pauses. Il y a quelques temps, j’ai eu la chance de voir cet ensemble en concert, où la célébration de l’inattendu était si dense que toute l’attention était attirée par le moindre détail. Outre le piano, la batterie, le saxophone et la trompette il y a un violoncelle et une flûte à bec ténor et en plus tous les musiciens produisent des sons à partir de petits ustensiles électroniques.
Également excellent : „Outstairs“ (ECM, 2013). (voir „plus“)


3 ― Maria Kannegaard Trio : „Sand I en vik“ (Jazzland, 2020). Démarrant avec trois „coups de tonnerre“ décalés dans le temps, le trio (piano, basse, batterie) développe une tension pleine de détails surprenants. Ici aussi, les pauses ou les silences ont une grande importance. Pourtant, l’album est globalement plutôt marqué par une dynamique expressive (comme on le connaît dans le jazz nordique), mais aussi par un grand minimalisme.


16. novembre 2021

Waldron & Lacy en duo

Au cours de mes balades dans le monde de la musique, j’ai récemment découvert le duo formé par Steve Lacy (1934-2004) et Mal Waldron (1925-2002). Les deux musiciens américains ont beaucoup joué avec des grands noms du jazz comme Gil Evans ou Charles Mingus, avant de s’installer tous deux en Europe au milieu des années 1960 où ils ont donnés par la suite des impulsions dans différents genres musicaux.

Le saxophoniste Steve Lacy, acteur important du jazz d’avant-garde, a notamment fait partie en Italie de l’ensemble Musica Elettronica Viva, qui explorait les possibilités électroniques dans le domaine de la nouvelle musique. Le pianiste Mal Waldron a joué entre autres avec le groupe Embryo qui, au cours de nombreux voyages à travers le monde, a enrichi ses sonorités plutôt rock du début avec des influences d’autres cultures musicales.

Les deux musiciens se sont régulièrement retrouvés pour jouer ensemble et ont formé une étroite unité musicale, que je trouve particulièrement beau. Leur passion commune pour Thelonious Monk a souvent servi de base, mais on peut entendre des compositions des deux musiciens par exemple sur : „Live in Berlin“ (2007, Jazzwerkstatt) ou „Live at Dreher Paris 1981“ (2003, hatOLOGY). Mais je pense qu’il y en a encore beaucoup à découvrir dans les deux sens.


10. novembre 2021

Jazzfest Berlin

Le concept du Jazzfest Berlin se rapproche de plus en plus de celui de la Biennale d’art de Venise : un événement bien pensée, tourné vers d’autres continents, de nouvelles tendances, des approches innovantes et une sélection des musiciens plus axée sur le concept que sur les noms célèbres.

Des lieux de concert impressionnants, des retours d’autres métropoles, des œuvres de composition et de vidéo commandés, le tout complétées de manière adéquate par des enregistrements de concerts provenant de diverses stations de radio allemandes. Et tout (!) vaut absolument le coup d’être écouté. En tant que Munichoise, normalement culturellement assez gâté, je regarde donc avec une certaine jalousie vers la capitale …

MAIS – grande joie – sur le site du festival et sur ARTE Concert, toutes les contributions sont désormais disponibles pour être regardées et écoutées pendant un an. Il y a donc suffisamment de temps pour prendre son temps et profiter de toutes ces choses captivantes, même au-delà de l’atmosphère souvent un peu surchargée d’un festival.


22. octobre 2021

Celui qui danse avec les mots

Aujourd’hui il y a cent ans naissait Georges Brassens (1921-1981), le grand esprit libre de la chanson française. Il y aurait beaucoup à dire sur lui : sur son grand cœur, son sens de l’observation, sa joie malicieuse de la provocation, ses belles mélodies intemporelles qui s’accordent toujours très bien avec les textes. Ce sont précisément ces textes de chansons finement travaillés par Monsieur Brassens, toujours d’une actualité captivante, qui valent le coup d’être relu encore et encore pour (re)decouvrir ce grand univers très varié.

D’autre part, bien sûr, on écoute ses 14 albums studio (1952-1976), dont chacun porte le titre de la première chanson et qui sont d’une qualité si constante qu’on ne pourrait, avec la meilleure volonté du monde, en relever un en particulier. A cela s’ajoute bien l’album „Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse“, enregistré en 1980, avec une sélection et une interprétation très charmantes de chansons qui l’ont particulièrement influencé depuis sa jeunesse.


11. octobre 2021

Sit down and play!

Le jeu de piano énergique d’Erroll Garner (1921-1977) est fascinant et complexe. Avec sa technique particulière, on a parfois l’impression qu’il travaille son instrument avec des marteaux. Le „Concert by the Sea“ de 1955 (Columbia) est l’une des grandes œuvres du jazz. À l’occasion de son 100e anniversaire cette année, le „Symphony Hall Concert“ de 1959 (Mack Avenue) vient de sortir - un autre très beau témoignage de son art.


21. septembre 2021

Curiosités de l'histoire de musique

Cet album s’appelle „Nick Mason’s Fictious Sports“ et est sorti en 1981. Nick Mason est le batteur de Pink Floyd. Il est ami avec Michael Mantler. Celui était marié à la compositrice de jazz Carla Bley lorsque l’album a été réalisé. Et c’est elle qui a écrit, composé et arrangé cet album et l’a enregistré avec Nick Mason et de nombreux autres musiciens (de jazz) de son entourage.

Le résultat est une musique sacrément bien arrangée et émouvante. Un morceau sonne encore un peu comme Pink Floyd (Hot River), d’autres plus funky (Wervin’, Can’t get my motor to start) ou poppy (I was wrong). En bref, un grand spectacle avec des paroles humoristiques et absurdes et beaucoup d’idées musicales. Oh oui, Robert Wyatt fait également partie en tant que chanteur.


14. septembre 2021

Solo

Chris Speed – Light Line
2021, Intact Records

Pour la première fois j’ai vue Chris Speed au début des années 90 dans un petit club parisien, les Instants Chavires, lors d’un concert mémorable avec Tim Berne’s Bloodcount. Depuis, j’ai rencontré le saxophoniste et clarinettiste américain à maintes reprises dans diverses formations de jazz d’avant-garde de grande envergure, en concert et sur disque – ce qui mérite toujours l’écoute.

Maintenant donc un album entier en solo avec la clarinette. Uniquement des compositions - les siennes et celles des autres (Eric Dolphy, Paul Motion, etc.). 15 morceaux, 49 minutes. Cela demande de l’attention, bien sûr, mais on a vite l’impression d’être assis sur un banc de parc à écouter le chant d’un oiseau. Bref, une expérience d’écoute divertissante, relaxante et tout à fait digne d’intérêt !


15. août 2021

Sommerpause


3. août 2021

Inntöne

30 juillet – 1 août 2021

Petit festival sympathique en Autriche.


26. juillet 2021

Carnets de route

Au début des années 90, le photographe de l’agence Magnum Guy Le Querrec a invité trois amis musiciens à l’accompagner dans deux de ses voyages à travers le continent africain. Lui, ilprend des photos avec sa Leica, les trois autres donnent des concerts et jouent de la musique avec les habitants. Ces trois albums, enregistrés en France, le fruit de ces expériences, sont accompagnés de livrets détaillés dans lesquels les photographies sont reproduites. Les influences des rythmes africains sont très perceptibles dans la musique, mais il ne s’agit pas d’une musique dite „du monde“, mais d’un jazz européen parfois lyrique, parfois très libre et surtout très énergique, qui ne doit pas craindre la comparaison avec ses collègues américains.

Ce trio avec Louis Sclavis (clarinette, saxophone), Henri Texier (basse) et Aldo Romano (batterie ; guitare sur „AF“) n’a existé (à part quelques performances live) que pour ce projet, mais tous trois continuent à faire des choses remarquables pour le jazz français dans de nombreuses autres formations.


Romano ◆ Sclavis ◆ Texier ◆ Le Querrec
Carnet de Route (1995)
Suite Africaine (1999)
African Flashback (2005, tous Label Bleu)


28. juillet 2021

Airelle Besson

Parfois, ce n’est pas grave si la musique est juste belle. On s’installe sur un nuage et on se laisse porter par des paysages sonores mélodieux. Pourtant, la beauté est un art qu’il faut savoir à maîtriser, et la compositrice et trompettiste Airelle Besson le fait avec grand talent.
„Radio One“ (2016, Naive) & „Try“ (2021, Papillon Jaune)
Aussi très bien : „Aïrés“ (2017, Alpha – avec Édouard Ferlet et Stéphane Kerecki)


8. juillet 2021

Trouver Gabriel

Cet album, sorti en 2019 (Nonesuch), reste un mystère pour moi. Il s’appelle „Finding Gabriel“ et est composée par Brad Mehldau, un grand pianiste de jazz américain. Des sons de synthétiseurs sucré et flottant, des thèmes bibliques, beaucoup d’électronique, des chœurs sphériques, des voix qui tourbillonnent … extrêmement polyvalent, varié, nouveau, d’excellents musiciens, une instrumentation variée …
Aussi irritant que cela puisse être, cette œuvre m’attire toujours magiquement. Et c’est pourquoi - comme Jacob dans la bible avec l’ange (Gabriel) - je lutte encore et encore avec cette musique pour comprendre ce qui se passe ici. Peut-être après tout un chef-d’œuvre ? Il a déjà eu un Grammy !
En tout cas, c’est agréable quand les musiciens, qu’on aime bien, font repenser ses habitudes sonores existantes ……….


30. juin 2021

Goldberg

De la musique que je peux écouter dans n’importe quelle humeur sont les Variations Goldberg, le „Saint Graal“ de la musique pour piano. Les versions de ces quatre pianistes j’aime particulièrement :

1 ― Glenn Gould
Practiquement le gardien du Graal. Il en existent deux enregistrements complets de lui. Les tempi de Gould vont de très rapides à extrêmement lents, mais son jeu est si clair que c’est toujours une bonne satisfaction de le suivre à travers les 30 variations.

2 ― Zhu Xiao-Mei
Le jeu de piano de la pianiste franco-chinoise est porté par un calme et une simplicité profonde. Il met en lumière l’essence des variations de Bach sans que l’enregistrement ne manque de vivacité joyeuse (2007, harmonia mundi).

3 ― Wilhelm Kempff
Version très sympathique (1970, Deutsche Grammophon), remarquable par son omission de toute ornémentation.

4 ― Dan Tepfer
Le pianiste de jazz américain joue toutes les variations (dans un rythme très particulier) en alternant avec ses propres interprétations libres (2011, Sunnyside). C’est une expérience d’écoute inhabituellement excitante et souvent très drôle. Parfois, on a l’impression que l’interprète a le hoquet… (l’Hoquetus - c’est d’ailleurs aussi un propre genre musical »).

Petit jeu interessant : jouez successivement le même morceau de chaque enregistrement et terminez par l’improvisation libre de Tepfer.

À lire : „Le lambeau“ de Philippe Lançon (2018, Gallimard). Le journaliste de culture, qui a survécu à un attentat dans la rédaction de Charlie Hebdo en 2015 avec des blessures graves, décrit dans ce récit impressionnant son long rétablissement physique et mental. Outre la littérature (Proust, Kafka et „La montagne magique“ de Mann) et des films, les œuvres pour piano de Bach, en particulier les Variations Goldberg, l’ont aidé à conserver sa dignité et lui ont donné la force de poursuivre sa guérison. Un livre merveilleux sur l’importance de l’art et de la culture comme essence de vie.


17. juin 2021

Ecossais

Graham Costello – Second Lives
2021, Gearbox

Donc, ici, vous pouvez vraiment mettre la chaine à fond. Après un premier morceau sphérique au nom étrange de အစ, et un crescendo qui suit, la batterie commence sérieusement à frapper à trois. Les lignes mélodiques des instruments sont tissées tantôt en puissant (n’y a-t-il vraiment que deux cuivres ?), tantôt en délicates tapisseries sonores. Ce sont des compositions du batteur Graham Costello qui a enregistré ce disque extrêmement bien construit avec ses quatre compères Fergus McCreadie (piano), Joe Williamson (guitare électrique), Liam Shortall (trombone), Harry Weir (saxophone ténor) et Mark Hendry (basse électrique). Et après un voyage plein de variété, la dernier titre vous permet de glisser doucement vers la sortie du disque.


9. juin 2021

Luise Volkmann

Enfin - un concert en live ! Et quelle merveille : Autochrom, un trio qui s’est baptisé d’après la technique de la première photographie en couleur. Trois couleurs qui, ensemble, forment un tout coloré - on peut difficilement choisir un meilleur titre de groupe. Dirigé par Luise Volkmann, l’une des musiciennes allemandes les plus intéressantes du moment. Autochrom combine la joie enfantine de déconner (une habitude qui ne devrait en fait jamais être perdue) avec des compositions raffinées. Du jazz ? Nouvelle musique ? Peu importe !

Sur le plan stylistique, les choses deviennent encore plus folles avec le projet Eté large de Volkmann, qui rappelle, entre autres, le rock/jazz expérimental britannique des années 70 et 80 ou encore l’Opéra de quat’sous. Tout cela, et bien plus encore, avec un combo de 13 musiciens extrêmement créatif et savant.

Également captivant – le projet de la saxophoniste dans lequel elle entre en dialogue avec un organiste (Didier Matry) sur l’orgue de l’église (un concept qui peut bien être developpé :-)).

Il y a quelques jours, un nouveau disque est sorti : LEONEsauvage, un big band collectif de free jazz dirigé par Volkmann dans la vieille tradition de Charlie Haden et Carla Bley et qui lance un appel à plusieures révolutions. D’autres surprises restent alors à attendre !!!

Autochrom
RGB
2019, Nwog

Été Large 
When The Birds Upraise Their Choir
2020, Nwog

Luise Volkmann ◆ Didier Matry 
Wünsche
2019, Umland

LEONEsauvage
Dreams to come
2021, Umland


31. mai 2021

Sunrise

Si la devise du label ECM „The most beautiful sound next to silence“ est juste, c’est alors avec cet enregistrement „Sunrise“ (2012) du trio autour du pianiste Masabumi Kikuchi (1939–2015) avec Thomas Morgan (*1981) à la contrebasse et Paul Motian (1931–2011) à la batterie.

C’est une musique sur le point de la disparition. Dans certaines conditions, un tel minimalisme peut être épuisant, mais ici une magie, qui me touche profondément, se développe à partir de la première note. Pourquoi c’est comme ça? Je ne sais pas ! De l’expérience ? Sensibilité ? Quoi qu’il en soit, il est toujours très agréable quand la musique produit un tel sentiment …

La couverture est aussi radieuse que les sons eux-mêmes. Un petit point de critique pourrait être les bruits que le pianiste produit de temps en temps, mais soit on s’imagine un arbre plein de corbeaux au fond, soit on l’accepte comme un instrument archaïque supplémentaire.


24. mai 2021

Happy Birthday Mr. Dylan

Acheter du vin d’après l’étiquette fonctionne généralement très bien. Avec de la musique c’est une autre histoire : Il y a de nombreuses années, lorsque les gens passaient encore des heures à flâner dans les magasins de disques, la pochette était souvent un premier contact séduisant. Mais dans ma mémoire, il n’y avait que deux albums que j’ai achetés plus ou moins uniquement parce que j’aimais tellement la couverture.

„Breadcrumb Sin“ de Jamie Saft qui décorait une polichinelle, l’autre „World Gone Wrong“ avec une photo particulièrement atmosphérique de Bob Dylan. Curieusement, quelques années plus tard, un album est sorti sur lequel Jamie Saft reprend ses chansons préférées de Bob Dylan. Et dans ce cas, la couverture ET la musique sont sacrément bien.

Bob Dylan a quatre-vingts ans aujourd’hui. Je ne suis pas un Dylanologue, ni un fan inconditionnel, mais il me fascine depuis longtemps : en tant qu’héritier légitime de la Beat Generation, en tant que styliste élégant, en tant que personne qui évolue et se réinvente constamment. On peut voir ça comme des ruptures, mais peut-être que c’est juste quelqu’un qui n’a pas envie de faire la même chose tout le temps. En tout cas, c’est passionnant de passer son temps avec lui de temps en temps. (voir aussi couverture)

Jamie Saft Trio
Trouble
2006, Tzadik

Jamie Saft : piano, orgue Hammond
Greg Cohen : Contrebass 
Ben Perowsky : batterie
Invités : Antony, Mike Patton (voix)


18. mai 2021

Poésie mécanique

Le français Pierre Bastien (*1953), littéraire, musicien et compositeur a un amour profond pour le vieux jazz et les musiques traditionnelles du monde - et il construit des machines, des boîtes à musique, des sculptures sonores. Avec du Meccano, avec des instruments du monde entier et tout ce qu’il trouve en plus. Et avec ça – il fait de la musique.

Ces sons mécaniques sont soutenus par des instruments „normaux“ comme une trompette de poche. Tout cela ensemble sonne incroyablement poétique et diversifié. En live, c’est une expérience multimédiale avec des projections et la manipulation constant de ces sculptures sonores fantastiques.

Mais même sans visualisation, on tombe rapidement sou le charme et à l’élégance de ce merveilleux univers sonore : „La précision des accords, des rythmes et des sons créent une répétition mécanique monotone, hypnotique et chaleureuse, avec un très fort sentiment humain, car ces robots ont aussi une certaine chaleur et un esprit coloré.“ (Source)

Pierre Bastien travaille souvent seul, mais il collabore également avec des musiciens comme Pascal Comelade, Jackie Liebezeit (CAN), Robert Wyatt et il est – bien que malheureusement relativement peu connu - l’un des musiciens expérimentaux les plus intéressants.


Liste de recommandations:
Les Premières Machines 1968 – 1988
2007, Gazul Records
The Oblique Sessions 
mit Pascal Comelade, Jac Berrocal und 
Jaki Liebezeit
1997, Les Disques du Soleil et de l’Acier
The Mecanocentric World of Pierre Bastien
2017, Discrepant
Tinkle Twang ‘n Tootle
2019, Marionette


11. mai 2021

Un voyage personnel vers le "Winterreise"

Il y a quelque temps, l’annonce d’un concert est apparue : orchestre de chambre, trio de jazz et un comédien qui chante présentent une soirée de chansons tirées du Winterreise de Franz Schubert et … de Nick Cave. Cela semblait être une aventure, alors on y allait! La soirée était passionnante. Mais il y avait moins de Cave, plus de Schubert. Peu de temps après, l’enregistrement „Mercy Seat - Winterreise“ avec l’Ensemble Resonanz et Charly Hübner (2020, resonanzraum records) est sorti et c’était bien. Et moi le commence à me dire que cette œuvre de 1827 n’est pas si mauvaise que ça.

Peu après, un autre enregistrement du Winterreise est paru : Axel Wolf au luth, Hugo Siegmeth au saxophone et cette fois un acteur parlant – Stefan Hunstein (2020, Oehms Classic). Ces trois sont garants de qualité. Et c’est ce qu’il est, un feu d’artifice émouvant qui met plus l’accent sur les textes de Wilhelm Müller. 

Mais qu’en est-il de l’instrumentation originale - piano et voix ? Recherches continues : Label alpha - Julian Prégardien (le fils), mais qui est Hans Zender qui se trouve là à côté de Franz Schubert en tant que compositeur ? Alors, Hans Zender est l’inventeur de l‘„interprétation composée“, c’est-à-dire qu’il a, dans ce cas, repensé l’œuvre de Schubert et l’a réécrite pour orchestre. Un merveilleux enregistrement avec une instrumentation surprenante et une interprétation expressive ! (2018, Alpha) Mais – toujours pas de version originale … Donc, au suivant : Fischer-Diskau / Moore - Bostridge / Andsnes - Prégardien (le père) / Staier - forums web … et soudain le nom de Benjamin Britten. Il n’était pas compositeur, celui-là? Oui, MAIS il est AUSSI un brillant accompagnateur de piano, entre autres pour son partenaire, le ténor Peter Pears.

Sur Internet, on peut trouver une vidéo dans laquelle ce deux discutent cette Winterreise avec beaucoup d’enthousiasme (it’s like a psycologic casebook , it has every situation in it of a disstressed person (…) the most alarming a was found in performing this, was there ist actually so little on the page (…) the extraordinary moods and athmospheres with so few notes …) et c’est avec ce même respect qu’ils interprètent cette œuvre de manière profondément émouvante : le jeu de piano est clair et direct, le chant est sincère et sans prétention. (decca, enregistré en 1963). Une petite critique reste le manque d’articulation allemande du chanteur anglais, mais c’est pas grave tout le reste le recompense.

Il est agréable de voir ce qu’il est possible de faire avec une seule composition, mais c’est là que réside la force absolue du Winterreise, à savoir qu’elle est si génial et intemporelle, tant sur le plan musical que lyrique, qu’elle peut résister à beaucoup de choses. Et qui sait, il y aura peut-être un jour une intérprétation den Nick Cave.

À suivre…

p. s. Goerne / Brendel est bien aussi.


3. mai 2021

Jorn Swart's Malnoia – Hello Future

2021, Outside in Music

Si on voudrait coller une étiquette à cette musique, cela serait probablement du jazz de chambre. Mais en fait c’est beaucoup plus. La gamme des intruments est déjà curieuse : le bandleader Jorn Swart au piano, Lucas Pino à la clarinette basse et Benni von Gutzeit à la viole. Chaque pièce est basée sur une nouvelle écrite spécialement pour cet album. Cela crée des variations stylistiques très larges mais cohérentes et élégantes, de sorte qu’à chaque écoute il y a une nouvelle aventure.


26. avril 2021

Giuffre


21. avril 2021

Silent Room

Enzo Carniel & Filippo Vignato – Aria
Menace, 2021

Cela est une musique si belle que l’on ose à peine respirer. Le pianiste français Enzo Carniel et le tromboniste italien Filippo Vignato appellent leur duo „Silent Room“. Et oui, leur dialogue musical est extrêmement calme et délibéré, mais il crée une intensité incroyable qui se manifeste tout au long de l’album. Il est également fascinant de constater que de plus en plus d’éléments électroniques s’ajoutés diescrètement au fil des morceaux.

Aussi intéressant : „Ghost“ avec Filippo Vignato en dialogue merveilleux avec le violoncelliste américain Hank Roberts (2019, Cam Jazz) et „Echoides“ du projet „House of Echo“ d’Enzo Carniel avec des expériences sonores analogiques et électroniques (2017, jazz&people).


18. avril 2021

Valentin & Théo Ceccaldi – Constantine

2020, Full Rhizome

Constantine est une ville au nord de l’Algérie. C’est là que le père - Serge - des musiciens de jazz français Théo (violon) et Valentin (violoncelle) Ceccaldi est né en 1960 et a dû émigrer de là-bas vers la France avec sa famille lorsqu’il avait deux ans. Cet album est un voyage musical à travers le temps envers les origines de la famille Ceccaldi. On joue principalement des compositions du père, qui est musicien de théâtre et qui a également fondé et dirige une école de musique associative. Le Grand Orchestre du Tricot, créé à l’initiative des frères Ceccaldi et d’autres anciens élèves de l’école de musique de leur père, la merveilleuse chanteuse Leila Martial, le clarinettiste Emile Parisien au parcours jovial, Michel Portal au bandonéon et bien d’autres encore. On peut pratiquement sentir la chaleur vibrante du soleil algérien et entendre l’agitation bruyante de la métropole nord-africaine. Un disque audacieux et engagé qui est sorti il y a un an.



P.S. Si quelqu’un s’intéresse aux circonstances dans lesquelles de nombreux Algériens ont émigré en France au début des années 1960, je recommande le roman excellent et éclairant „L’art de perdre“ d’Alice Zeniter (2017, Flammarion).


15. avril 2021

Cool

Ramsey LewisMother Nature’s Son
1968, Cadet

10 chansons du „White Album“ des Beatles arrangées par le pianiste de jazz américain Ramsey Lewis (*1935) et enregistrées en direct avec entre autre un orchestre symphonique et un synthétiseur moog. Ce qui est fou, c’est que ces enregistrements ont été réalisés en décembre 1968, peu de temps après la sortie de l’album des Beatles le 22 novembre 1968 … Et ce qui est encore plus fou, c’est que l’album est absolument cool et rend extrêmement bonne humeur ! La couverture aussi, d’ailleurs.


9. avril 2021

Mike Westbrook – Oui, du pathos!

En dehors des petits formats musicaux intimes, j’ai un gros faible pour les productions volumineuses et pathétiques. Mike Westbrook, qui vient de fêter son 85ème anniversaire en mars, en est l’un des grands maîtres. De même, il a joué un rôle non considérable dans l’évolution et l’émancipation du jazz britannique, et même européen, depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui. En tant que pianiste, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre des grandes et petites formations, il a déclenché beaucoup de choses. Pour avoir une idée de l’énorme diversité de son travail, j’ai choisi ici quelques albums que je trouve intéressants :


1 ― Marching Song , Vol. 1 & Vol. 2
(1969) : Une symphonie anti-guerre, jouée avec une intensité brûlante par le who’s who des légendes du jazz britannique comme John Surman, qui était l’élève de Westbrook, au saxophone, ou l’Américain Barre Phillips (qui apparaît souvent ici) à la basse - en tout, ils sont 25.

2 ― Metropolis (1971) : Le puissant album de concept en 9 parties avec un big band de 23 musiciens est considéré comme un monument du jazz britannique. De manière plutôt dissonante au début, il culmine dans un brillant solo de trompette dans la partie IX, après un voyage sauvage à travers toutes sortes de choses (par exemple, le formidable et étrange chant de Norma Winstone dans la partie III). (Il existe un album du même nom par le Willem Breuker Kollektief, mais c’est un chapitre différent et pourtant semblable …)

3 ― Piano (1978) : La mise en scène de poèmes anglais (Emily Bronte, Edward Lear, Rudyard Kipling, etc.) pour piano, solo - sans voix. Varié et un plaisir à écouter.

4 ― The Westbrook Blake : Bright as Fire (1980) : arrangements de poèmes de William Blake (1757–1827). Chanté avec grand ferveur par Phil Minton et Kate Westbrook (et une chorale d’enfant) accompagné par Westbrook’s Brass Band. Veritablement dans la tradition de Brecht/Weill. Excellent : „Let the Slave „

5 ― Westbrook-Rossini, Zürich Live (1986) : Interprétations des œuvres du compositeur italien Gioacchino Rossini (1792–1868), pas complètement passées à la moulinette musicale, mais quand même un peu (beaucoup) … Très brillant et à facettes multiples . Particulièrement remarquable : la version sauvage et rythmique de l’ouverture du „Barbier de Séville“. Un disque plutôt instrumental, mais quelques arias d’opéra furieuses sont également inclus.


6 ― Off Abbey Road
(1990) : Nombreux sont ceux qui ont reprit les Beatles (souvent trés bien), mais seulment quelques-uns de cette manière aussi conséquente (tout repris dans l’ordre original) et imaginative. „I Want You“ avec le tuba et le chant rude (Phil Minton), „Because“ : extrêmement langoureux (Kate Westbrook), „Mean Mr. Mustard“ : assez criard, et bien d’autres encore. L’ensemble est vraiment amusant – tout comme l’original !

7 ― The Serpent Hit (2013) : paroles et voix autour du thème de l’expulsion du paradis par Kate, collaboratrice et épouse de longue date de Mike Westbrook (qui a composé les arrangements) – exceptionnellement accompagnée par un quatuor de saxophones et et un percussioniste.

8 ― Catania – Live in Sicily 1992 (2019) : Enregistré pendant trois jours en juillet 1992 à Catane, en Sicile, lors du festival „Mike Westbrook“ organisé par des aficionados locaux du jazz. Très belle compilation de l’œuvre de Westbrook, jouée avec pas mal d’enthousiasme. Grand orchestre, beaucoup de pathos et des musiciens solistes comme Dominique Pifarely au violon et le tromboniste italien Danilo Terenzi.


Oui, tout ça est loin d’être complet, mais c’est peut-être déjà un bon début …


29. mars 2021

Temps de la Passion

J’ai grandi avec la musique sacrale. C’est pour cela qu’un l’oratorio de la Passion fait évidemment partie de la semaine sainte. Cette année, il y en a deux. Deux mises en musique du texte sanglant „Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde“ de Barthold Heinrich Brockes (1680-1747). Les contemporains de Brockes ont tellement aimé ce texte qu’il a été utilisé par plus de dix compositeurs.


Attiré par une très belle couverture (et une certaine confiance dans les sorties passionnantes du label α), j’ai pris connaissance de la Passion de Brockes de George Frédéric Handel qui vient de sortir avec l’Ensemble Arcangelo sous la direction de Jonathan Cohen (2021, Alpha). Cet enregistrement est merveilleusement léger, désamorçant l’imagerie drastique des textes. („Ecume, écume du monde, est-ce que ton cerf-volant basilic, couvée de dragons, crache de la bave et de la salive à la face de celui qui soutient toutes choses, et l’enfer ne te dévore pas ?“).

La version de Georg Philipp Telemann, ami de Handel, dans un enregistrement de l’Akademie für Alte Musik Berlin sous la direction de René Jacobs (2009, harmonia mundi) est beaucoup plus expressive et volumineuse. Je trouve que tous les deux valent absolument la peine d’être écoutés.


22. mars 2021

Michel Portal

Addendum au 5 mars

Michel Portal est un acteur incontournable du monde musical international - malheureusement, peu de personnes en dehors de la France le savent. Né en 1935, le clarinettiste, saxophoniste, bandonéoniste et compositeur ne s’arrête à aucune frontière musicale. Voici une sélection d’albums qui pourraient le faire comprendre :


Splendid Yzlement (1972) : Mon premier contact avec Michel Porta y a environ 30 ans. Ce n’est pas son œuvre la plus accessible, mais les années 1970 sont l’époque des grandes expérimentations musicales. Et celui-ci en est un exemple très amusant. De la même année, on peut trouver sur le web l’enregistrement live „Michel Portal Unit - Chateauvallon 1972“, qui a beaucoup influencé le jazz français.

Dejarme solo (1970) : Le désir de solitude – après avoir joué pendant des dans differents collectifs de musique – a amené à cet album solo, qui a été créé dans un processus multipiste en utilisant presque toute la famille des saxophones et des clarinettes. À la fin cet album est couronné par une performance de bandonéon réjouissante. Peut-être mon album preferé de Portal.

Arrivederci Le Chouartse (1980) : Un enregistrement en live avec Pierre Favre à la batterie et Léon Francioli à la basse. Un plaisir pour les oreilles entraînées.

Musiques de cinémas (1995) : Une sortie à la fusion - des compositions de musiques de films souvent très émouvantes mais aussi puissantes avec des collègues musiciens formidables.


Bailador (2010) : Collaboration franco-américaine pleine d’energie contagieuse. En fait (presque) dansable …

6 ― Eternal Stories (2017) : Un trio de jazz (dont Monsieur Portal) et le quatuor à cordes „Quatuor Ébène“ - c’est une musique dont je préfere a ne pas donner de définition. Ils jouent du Portal, Astor Piazzolla et encore. À examiner vous-même.

7 ― MP85 (2021) : voir 5 mars

A propos : La plus belle chose n’est pas (encore ?) disponible sur disque : un duo avec le pianiste Roberto Negro – seulement un enregistrement de concert est offert sur la page d’internet du club de musique parisien „Le Triton“ pour 2 euros).

En plus : tango avec Richard Galliano („Blow up“, 1996) ; concertos pour clarinette de Mozart, Brahms, etc. (par exemple, „Double“ avec Paul Meyer, 2020) ; des hommages au jazz américain („Minneapolis“, 2000), à l’Afrique („Burundi“, 2000) et bien plus encore.

Note : Les premières apparitions de Michel Portal dans la chanson française chez Serge Gainsbourg („Machin choses“, 1964) et Barbara („Pierre“, 1964).


11. mars 2021

meets, with, &

Depuis quelque temps, je ne cesse de tomber sur un phénomène appelé „meets, with or & Gerry Mulligan“. Dave Brubeck Trio & Gerry Mulligan, Gerry Mulligan with Chet Baker, Gerry Mulligan with Lee Konitz, Mulligan meets Monk et maintenant aussi Astor Piazzola (qui aurait eu cent ans aujourd’hui) & Gerry Mulligan … hm …

ADDENDUM du 19 mars :
Eh bien, Gerry Mulligan (1927-1996) jouait du saxophone baryton, auquel il a contribué à la réussite en tant qu’instrument soliste. En fait il a joué, enregistré et arrangé avec tout ce qui avait rang et nom (de Miles Davis à Zubin Meta). Moi j’ai jeté mon oreille surtout sur l’enregistrement d’un concert au Carnegie Hall avec Chet Baker, un trés jeune John Scofield et une tres belle version fragile de My Funny Valentine en 1974 …


8. mars 2021

Humpf – It’s Monk-Time

Un achat occasionnel, une trouvaille aux puces et un complément intentionnel m’ont permis d’entrer dans la merveilleuse galaxie de Thelonouis Monk. Tout d’abord, une biographie - „Monk“ - du point de vue très personnel de Laurent de Wilde, fan passionné de Monk et pianiste de jazz . Moins scientifique que riche en anecdotes, c’est une excellente lecture.

Le magazine suisse „du“ (n°3) présente Thelonious Monk sous de nombreux aspects, comme par exemple une conversation (fictive) entre le journaliste de jazz Michael Naura et Carl Philip Emanuel Bach à propos de Monk, ou les souvenirs de Monk d’Abdullah Ibrahim. 

Un ajout intéressant est le volumineux roman graphique „Monk !“ de Youssef Daoudi, qui illustre merveilleusement en images l’éveil du jazz américain au bebop. Il contient á la fois des informations sur la carrière de Monk et l’histoire de sa protectrice, la baronne Pannonica de Königswinter. 


À la fin des nombreux articles „du“, les auteurs ont mis des listes de leurs albums préférés de Monk, mais comme je suis - encore - un novice au sujet de Monk, voici juste quelques impressions spontanées : J’aime particulièrement le caractère brouillon de ses premiers enregistrements pour le label „Prestige“ (1954-56) et d’un album solo enregistré à Paris (1954). Aussi étonnamment bon que le concert live au Town Hall de New York (1959) avec une formation de tentet (inhabituelle pour Monk), dont le jeu est arrangé de manière extrêmement sensible autour de la partie de piano.


5. mars 2021

mp85

Cet album est un événement! La promesse du choix des musiciens était tenue, comme il fallait s’y attendre. Ici, tout le monde danse avec tout le monde : la clarinette avec le trombone, le piano avec la basse et la batterie, tous ensemble et encore et encore. Cinq musiciens, trois générations traversent l’histoire du jazz surtout français à laquelle Michel Portal, 85 ans, a largement contribué, et ça fait très plaisir. Des césures surprenantes, des sons inhabituels, des parcours touchants, des grooves délirants, du swing détendu, ouf… Et en plus, c’est l’Europe en action : un Provençal, un Basque, un Belge, un Allemand et un Serbe.


17. février 2021

Chick Corea (1941–2021)

Suite à la triste actualité, je me suis à nouveau préoccupé de Chick Corea. Honnêtement, j’ai eu du mal à l’accepter ces dernières années à cause de son engagement auprès de Scientology. Je ne suis toujours pas sûr qu’on puisse exclure cela si facilement. Mais finalement il est un musicien tellement sympathique et diversifié, que grâce aux nombreux reportages à l’occasion de sa mort, j’ai découvert tellement de choses nouvelles et étonnantes que je pense qu’il suffit de se concentrer sur son œuvre musicale. J’ai eu toujours un grand respect pour ses „Children Songs“ (>solo), petites miniatures pour piano solo, mais aussi sa première œuvre avec le trio Vitous/Haynes „Now he sings, now he sobs“ comme les improvisations libres avec la même formation (>trio) qui sont vraiment formidables. Aussi le trio plus récent avec Christian McBride et Brian Blade n’est pas mauvais non plus… Outre la formation du duo symbiotique avec Gary Burton au vibraphone (>duo), un duo avec le banjoïste Béla Fleck a attiré mon attention à nouveau, leur l’album commun s’appelle „The Enchantment“ et est justement cela. Je pense que mon voyage avec Chick Corea va donc continuer et peut-être qu’à un moment donné, je me rapprocherai même de la partie de son œuvre influencée par le Brésil …


6. février 2021

Roach – Ibrahim

Max Roach | Abdullah Ibrahim,
Streams of Conciousness, 1978
Quelle belle surprise ! Les deux musiciens Max Roach et Abdullah Ibrahim, que j’apprécie depuis longtemps, ont enregistré en 1977 un album ensemble. Ce n’est peut-être pas tout à fait fantaisiste, mais c’est leur seule publication commune.Et c’est un excellent album : le jeu des deux musiciens, qui célèbrent leur liberté musicale ainsi que leurs racines communes, est absolument génial.Un deuxième document sur les deux musiciens se trouve ici sur le web : un concert de 1997. C’est tout ce que j’ai trouvé …


1. janvier 2021

2020

janvier 2021

Les disques sortis en 2020 qui m’ont particulièrement plu :

1 ― Alabaster Deplume |
To Cy & Lee: Instrumentals Vol. 1 
Difficile de dire ce que c’est exactement, mais c’est très amusant.

2 ― Calabashed | Behold A Black Wave
Issue de la même marmite londonienne que n°1, mais épicée en plus d’une bonne prise de hip-hop.

3 ― Carla Bley | Life goes on
Trois vieux briscards (dont une femelle) qui sonnent encore frais et inutilisés.

4 ― Claude Tchamitchian Trio | Poetic Power
Bassiste français aux racines arméniennes, poétiquement fort en formation trio.

5 ― Dinosaur | To The Earth
Meilleur cinéma de tête d’Angleterre : introduire dans les oreilles et laisser agir pendant 41 minutes.

6 ― Été large |
When the birds upraise their choir
Un mélange de rock-jazz-musical-big-band-expérimenté par des musiciens talentueux, qui rend très heureux.

7 ― Eva Kruse | New Legend
Ici, cinq personnes jouent un jazz incroyablement bon.

8 ― Hugo Siegmeth, Axel Wolf und
Stefan Hunstein | Winterreise
Schubert avec saxophone, luth et voix parlée. On a presque l’impression d’écouter un disque de Tom Waits.

9 ― Jarv is …  | Beyond The Pale
Cool, brillant, ironique, intelligent et de mieux en mieux : Jarvis Cocker.

10 ― Jean-Louis Matinier, Kevin Seddiki |
Rivages
Une vieille connaissance à l’accordéon avec un „jeune“guitariste , une très belle équipe en duo.

11 ― Jî Drû | Western
Hypnotique et élégamment groovy

12 ― Mary Halvorson’s Code Girl |
Artlessly Falling
Des sonorités sautillantes, des harmonies tordues sur des chemins complexes et le chant de Robert Wyatt est la cerise sur le gâteau.

13 ― Michael Wollny | Mondenkind
Un jeu de piano lunatique avec des tournures excitantes.

14 ― Paul McCartney | III
Sir Paul assure en solo à 78 ans. C’est extrêmement touchant et sacrément bon.

15 ― Phillip Sollmann | Monophonie
Le DJ du Berghain (Berlin)se lance avec enthousiasme dans le domaine de la nouvelle musique.

16 ― River | River
Pour tous ceux qui ne le savent pas encore : L’underground indépendant de Munich bouillonne bien et fort !

17 ― Stefano Bollani |
Piano Variations on Jesus Christ Superstar
Si un disque peut tourner sans interruption pendant plusieurs jours, cela en dit beaucoup sur lui …

18 ― Thurston Moore | By The Fire
Excellent feu d’artifice de guitares électriques et surtout en live, un moment fort en 2020.

19 ― Vincent Courtois | Love of Life
Le touche-à-tout français au violoncelle s’inspire de l’œuvre de Jack London avec deux saxophonistes de manière très satisfaisante.

20 ― Wayne Horvitz, Sara Schoenbeck |
Cell Walk
Longue danse ronde concentrée avec piano et basson.